Feuilles mortes malades ou tachées : lesquelles garder ? Lesquelles supprimer ?
Les composter, les garder pour pailler ou les jeter ?
Sommaire
À l’approche de l’hiver, il est une tâche au jardin qui semble incontournable : le ramassage des feuilles mortes. Corvée pour certains, promesse de richesse pour d’autres, ce nettoyage pose tout de même question. Que faire des feuilles tachées, trouées, décolorées, ou visiblement malades ? La réponse dépend uniquement de l’origine du problème qui peut être multiple : maladies cryptogamiques, bactériennes ou virales, simple carence ou stress lié aux conditions culturales ou climatiques… Découvrons quelles feuilles mortes malades ou attaquées par un parasite peuvent être compostées, conservées en paillis, ou impérativement éliminées.
Comment utiliser les feuilles mortes au jardin ?
Certes, le ramassage des feuilles mortes n’est jamais la tâche la plus réjouissante du jardin. Pourtant, si on les considère non pas comme des déchets encombrants et pénibles à ramasser mais plutôt comme une ressource gratuite et polyvalente au jardin, ce ramassage paraît moins fastidieux. En effet, les feuilles mortes constituent une manne très intéressante au jardin.
- Utilisées en paillis au pied des massifs et des cultures potagères, elles protègent le sol contre le gel, limitent le lessivage des nutriments par les pluies d’hiver et freinent la pousse des adventices tout en recréant l’humus des sous-bois.
- Broyées ou intégrées en couches successives dans le compost, elles apportent le carbone indispensable pour équilibrer les matières azotées fournies par les tontes de gazon et les déchets de cuisine, tout en favorisant l’activité des vers de terre.
- Les ramasser permet également de fabriquer du terreau de feuilles : stockées seules dans un grand sac noir ou un enclos grillagé pendant un an ou deux, elles se décomposent lentement en une texture fine, légère et idéale pour le semis ou le rempotage des plantes acidophiles.
- Laissées en tas dans un coin calme du jardin, elles offrent un refuge hivernal indispensable à la petite faune utile, des hérissons aux insectes auxiliaires.

Les feuilles mortes apportent du carbone au compost
Pourtant, ce ramassage des feuilles mortes suscite parfois des questions chez le jardinier méticuleux. Certaines sont tachées, grignotées, visiblement malades… Que faut-il en faire ?
Les feuilles atteintes d'agents pathogènes ou d'insectes à jeter ou à brûler
Afin de faire l’inventaire des feuilles mortes malades à ne pas conserver, peut-être est-il important de préciser que le brûlage des déchets verts (feuilles mortes, tontes de pelouse, branches de taille) est strictement réglementé en France. D’après la circulaire de 2011 et le Code de l’environnement, de manière générale, le brûlage à l’air libre des déchets verts des particuliers est strictement interdit toute l’année. Pourtant, certains départements ou zones rurales peuvent autoriser ce brûlage des déchets, entre autres dans le cadre de la lutte contre les organismes nuisibles. C’est pourquoi il est indispensable de consulter sa mairie ou sa préfecture, car brûler ses feuilles mortes chez soi est passible d’une amende de 450 euros. Donc, plutôt que de brûler les feuilles mortes, il est préférable de les emmener à la déchèterie qui travaille en lien avec des plateformes professionnelles de compostage industriel à haute température, capables d’éradiquer les agents pathogènes.
Mais revenons à nos feuilles mortes ! Qui plus est malades ! Certaines doivent être ramassées avec rigueur et emmenées directement à la déchèterie dont vous dépendez. Et en particulier celles qui sont touchées par des organismes pathogènes responsables de maladies cryptogamiques ou bactériennes. Pourquoi les jeter ? Tout simplement parce que ces agents pathogènes survivent dans les feuilles mortes sous forme de spores ou de mycélium, ou résistent au froid dans les débris végétaux pendant tout l’hiver. Et au printemps, ils risquent potentiellement de réinfecter les nouvelles récoltes ou les jeunes pousses si les feuilles mortes restent sur place ou sont compostées dans le bac familial, souvent pas assez chaud pour les détruire. L’essentiel est donc d’identifier la maladie. Et si vous n’y parvenez pas, misez sur la prudence et la sécurité en jetant vos feuilles mortes à la déchèterie.

Certaines feuilles mortes tachées doivent être ramassées avec rigueur et emmenées directement à la déchèterie dont vous dépendez.
Les affections qui persistent sur les feuilles mortes
- L’oïdium reconnaissable au feutrage blanc visible sur le feuillage des courges et courgettes, des rosiers, des pommiers… Les champignons responsables hivernent sous forme de spores résistantes sur les feuilles mortes et les bourgeons.
- La tavelure qui touche les pommiers, les poiriers et les cognassiers se distingue par la présence de taches olivâtres à noires veloutées sur les feuilles, puis les fruits. Le champignon (Venturia inaequalis ou pyrina) passe l’hiver dans les feuilles mortes tombées au sol. Au printemps, les spores sont propulsées par la pluie sur les jeunes feuilles.
- La maladie des taches noires ou Marsonia des rosiers se reconnaît aux taches noires circulaires sur le feuillage, au jaunissement et à la chute prématurée de ce dernier. Les spores survivent sur les feuilles restées au sol.
- La rouille sur les rosiers, les malvacées, les poireaux, l’ail… s’identifie grâce aux pustules orangées, jaunes ou brunes au dos des feuilles. Les spores hivernent sur les tiges et les adventices proches.

Les feuilles atteintes de rouille doivent être jetées en déchèterie.
- Le mildiou se manifeste par des taches grises à brunes, nécrotiques, sur les feuilles et les tiges des tomates, des pommes de terre et de la vigne. Sans oublier le feutrage blanc au dos des feuilles. Les spores peuvent survivre dans le sol ou sur les débris de culture, entre autres les pommes de terre oubliées.
- La cloque du pêcher se distingue par les boursouflures rouges sur le feuillage qui gaufre au printemps. Même si les spores trouvent plutôt refuge sous les écailles des bourgeons et sous l’écorce, il est préférable de les jeter.
- Le feu bactérien est dû à une bactérie (Erwinia amylovora) qui dessèche brutalement les feuilles des arbres et arbustes de la famille des Rosacées. Il brunit ou noircit mais reste sur les branches. C’est une maladie très grave, très contagieuse et très réglementée. Comme il n’existe aucun traitement, il est impératif de couper les rameaux et les feuilles atteints et de prévenir votre mairie ou le service régional de la protection des végétaux pour connaître la marche à suivre.
Les insectes ravageurs qui survivent dans les feuilles mortes
Les feuilles mortes constituent des refuges de choix pour de nombreux insectes et ravageurs du jardin qui y passent l’hiver, sous forme d’œufs, de larves, de chrysalides ou d’adultes en diapause :
- Les mouches mineuses ou les papillons mineurs : leurs larves creusent des galeries à l’intérieur même du limbe des feuilles. Certaines espèces de mineuses quittent la feuille en fin de saison pour aller se nymphoser dans le sol juste sous la surface. D’autres, comme la mineuse du marronnier, hivernent directement à l’intérieur des feuilles mortes tombées à terre, sous forme de chrysalides extrêmement résistantes. C’est pourquoi le ramassage et l’élimination des feuilles de marronniers tachées sont essentiels pour limiter les attaques l’année suivante.

Comme la mineuse du marronnier hiverne dans les feuilles, il faut absolument les jeter.
- Les altises sont de minuscules coléoptères sauteurs qui perforent les feuilles des choux, des radis, des navets… Les adultes quittent les plantes en fin d’automne pour se cacher entre autres sous les feuilles mortes. Dès le retour des premiers redoux printaniers, ils sortent de cet abri pour attaquer les jeunes semis.
- L‘otiorhynque adulte se cache souvent sous les épaisses couches de feuilles mortes en hiver au pied des rhododendrons et des lauriers.
Les feuilles mortes abîmées à composter ou à utiliser comme paillis
Certaines taches visibles sur les feuilles mortes n’ont aucune incidence sur le sol ou les plantes à venir car ces taches sont dues à des carences passagères, à un stress particulier ou même à des champignons qui ne s’attaquent pas aux plantes saines. De même, les feuilles mortes perforées ou grignotées peuvent être conservées pour être compostées ou même rester en place comme paillage car les insectes à l’origine de ces dégâts n’hivernent pas sur le feuillage.
Notre inventaire des feuilles mortes tachées ou attaquées par un insecte qui peuvent être conservées ou mises au compost :
- Les feuilles criblées de trous, avec des bords grignotés, piquées ou décolorées par les piqûres des insectes suceurs comme les pucerons, les cochenilles, les araignées rouges… D’autres insectes comme les cicadelles, les tenthrèdes, certaines chenilles s’en prennent aussi au feuillage. La plupart des insectes qui ont profité de ces feuilles les ont désertées depuis longtemps, soit pour hiverner sous forme d’œufs, de chrysalides ou à l’état adulte dans le sol ou sous l’écorce. En bref, comme ces insectes ne vivent plus sur les feuilles mortes, il est possible de les composter ou de les utiliser comme paillis.
- Les feuilles atteintes de carence nutritive, comme la chlorose, en général reconnaissables à leur jaunissement prématuré, doivent être compostées.
- Les feuilles brûlées par les fortes chaleurs, nécrosées par un stress hydrique ou criblées par la grêle peuvent être compostées ou même laissées en place sans aucun risque.
- Les feuilles tachées par la fumagine, un dépôt noir ressemblant à de la suie dû à un champignon qui se nourrit du miellat des pucerons ou des cochenilles, sont compostables.

Une fois morte, cette feuille pourra être compostée ou restera sur place.
Un cas particulier, les feuilles touchées par un virus
La mosaïque du concombre ou de la tomate est une maladie due à un virus. Elle se détecte grâce aux motifs bigarrés sur les feuilles qui jaunissent et se déforment prématurément. Or, un virus a besoin d’un organisme hôte vivant pour se multiplier. Il ne survit pas seul sur une feuille morte qui sèche et se décompose. En revanche, il peut persister dans les racines de plantes vivaces ou être transmis par des vecteurs. Les feuilles isolées ne posent pas de risque majeur dans un compost en décomposition, mais par précaution, on évite d’y mettre des pieds entiers arrachés porteurs de viroses systémiques graves.
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