Protéger les arbres fruitiers des gelées tardives

Protéger les arbres fruitiers des gelées tardives

Quelles protections installer sur les arbres fruitiers pour les protéger des épisodes de gel printaniers

Sommaire

Mis à jour le 7 Juin 2023  par Pascale 7 min.

Dans certaines régions, les mois de mars, mais encore plus les mois d’avril et mai peuvent être traîtres. En effet, le printemps est là et le soleil qui brille en journée l’atteste. Souvent les températures journalières incitent d’ailleurs à se découvrir et à investir le potager. Pourtant, le printemps peut aussi se montrer cruel car il n’est pas rare que des gelées tardives nocturnes viennent contrecarrer nos plans de semis et plantations. Ces mêmes gelées tardives printanières peuvent également avoir de lourdes conséquences sur les arbres fruitiers, et en particulier sur les bourgeons floraux, les fleurs et sur les premiers petits fruits les plus précoces. 

Lorsqu’on a un verger, ou simplement un arbre fruitier dans son jardin, ou en pot sur sa terrasse, ces gelées tardives printanières sont souvent considérées comme une fatalité. Pourtant, quelques précautions peuvent être prises pour protéger les arbres fruitiers contre les gelées tardives. Voici nos conseils et astuces !

Difficulté

Quels sont les conséquences du gel sur les arbres fruitiers ?

D’une façon générale, la plupart des arbres fruitiers sont très résistants au gel. Ainsi, les arbres fruitiers de la famille des Prunus comme le prunier, le cerisier, l’abricotier, et même l’amandier sont rustiques jusqu’à – 20 °C, voire même – 25 °C. Évidemment, ces températures très basses peuvent être supportées par l’arbre en lui-même. Les arbres fruitiers ont d’ailleurs souvent besoin de cette période de froid pour provoquer l’induction florale, c’est-à-dire pour former leurs fleurs. En effet, les mécanismes de floraison dépendent d’une période obligatoire de froid, mais aussi la présence de plus ou moins de lumière suivant la saison.

En revanche, dès que l’arbre fruitier sort de sa dormance hivernale, période à laquelle la sève ne circule plus dans les tissus, il devient nettement plus fragile. En effet, dès qu’un arbre fruitier sort de sa période de repos, il entre en action. Et dès février-mars, certains enclenchent le débourrement, la feuillaison, voire la floraison ou la nouaison (période de formation du fruit). Surtout les arbres fruitiers à floraison précoce que sont les amandiers, les abricotiers, les pêchers, les cerisiers... Ainsi, un amandier peut fleurir dès le mois de février, l’abricotier en février-mars, le pêcher entre mars et avril, tout comme le cerisier. C’est pourquoi des gelées qui interviennent dans le courant du mois de mars ou d’avril, voire en mai, peuvent avoir des conséquences désastreuses : nécroses des tissus, chute des fleurs, « anneau de gel » sur les fruits en pleine formation… et finalement, c’est la récolte complète qui peut être compromise. Suivant les espèces et les variétés, les bourgeons gèlent dès -2° à – 4 °C, les fleurs ne résistent pas en-dessous de – 1,5° à – 3°C, et les jeunes fruits de – 0,5° à – 2°C.

arbres fruitiers et gelées tardives

À ce stade de développement, les arbres fruitiers sont très sensibles aux gelées tardives

Le plus souvent, les gelées tardives printanières se produisent en fin de nuit, entre 4 et 6 heures du matin.

Et avec le réchauffement climatique qui se fait plus prégnant depuis une vingtaine d’années, le cycle des végétaux est un peu bousculé. En effet, les hivers sont souvent plus doux, ce qui avance la floraison des arbres fruitiers. Donc, les gelées tardives sont encore plus désastreuses. Et les Saints de glace veillent toujours, en embuscade du 11 au 13 mai. Surtout dans les régions sous climat continental ou montagnard.

En revanche, le pommier, le poirier ou le prunier fleurissent un peu plus tard en avril et se montrent donc plus résistants au gel. Même s’ils ne sont jamais à l’abri des fameux Saints de glace (les 11, 12 et 13 mai), qui veillent, en embuscade…

N’hésitez pas à découvrir les 6 arbres fruitiers les plus sensibles au gel à planter dans les régions du sud de la France, moins soumises aux gelées tardives. Quoique…

Les moyens de protection des arbres fruitiers déployés par les arboriculteurs

Pour un arboriculteur, une seule nuit de printemps gélive peut remettre en cause une année de travail en détruisant toute la potentielle production de fruits. Et chaque année, les médias se font l’écho d’épisodes de gel particulièrement dramatiques dans les principales régions arboricoles de France et de Belgique. C’est pourquoi, les professionnels déploient des moyens importants pour lutter contre le gel. Et qui dit importants signifie souvent coûteux :

  • La protection des arbres fruitiers par aspersion ou micro-aspersion : aussi bizarre que cela puisse paraître, lorsqu’un épisode de gel est annoncé, les arboriculteurs projettent par pulvérisation fine de l’eau sur les arbres. En gelant, ces gouttelettes d’eau forment une carapace sur les bourgeons, les fleurs ou les fruits qui les protègent du gel. C’est un système très efficace, mais très consommateur d’eau. Or la sécheresse gagne du terrain, même en sortie d’hiver. Son efficacité peut également être minimisée par la présence de vent.
  • L’installation de bougies qui chauffent les vergers. C’est un dispositif de lutte contre le gel particulièrement efficace, mais très coûteux et qui demande beaucoup de main d’œuvre.

D’autres méthodes comme le chauffage au gaz par brassage d’air ou la tour à vent ont été testées dans certaines régions, sans résultats concluants.

La protection des arbres fruitiers par voile d'hivernage

Le voile d’hivernage en polypropylène non tissé peut se montrer très efficace contre les gelées printanières tardives. C’est en effet une excellente protection thermique qui laisse passer l’eau et l’air. Pour autant, de par sa taille, il ne peut être utilisé que pour les arbres fruitiers cultivés en pot, les jeunes arbres fruitiers plantés en pleine terre, ou les arbres fruitiers palissés contre un mur ou sur une treille. En revanche, il sera difficile, voire impossible de protéger des arbres fruitiers de plein vent avec un voile d’hivernage.

Pour être efficace et vraiment protectrice, l’installation du voile d’hivernage doit se faire avec quelques précautions. En effet, il risque d’endommager ou de faire tomber les fleurs déjà présentes et très fragiles. C’est pourquoi il est préférable de poser des piquets en bois (4 ou 5 suffisent) ou des bambous autour de votre petit arbre fruitier, puis d’y fixer le voile d’hivernage avec des punaises, de haut en bas, et sans oublier de créer une sorte de couvercle. Ainsi, votre arbre respire. La journée, il faut absolument enlever ou ouvrir le voile d’hivernage pour que votre arbre profite des rayons du soleil. Si votre arbre fruitier est palissé contre un mur, procédez de même en plantant des piquets devant.

Un voile d’hivernage de 45 g/m2 à 60 g/m2 devrait suffire. Vous pouvez également utiliser un vieux drap ou une toile de jute.

La lutte contre le gel grâce au paillage des arbres fruitiers

Le paillage de la souche de l’arbre avec de la paille ou des feuilles mortes est également très efficace. En effet, le gel a tendance a être plus fort au plus près du sol. De plus, le sol stocke le froid et le diffuse à l’arbre même après le dégel. Pour éviter que la paille ou les feuilles mortes s’envolent, vous pouvez y placer un voile d’hivernage ou une toile de jute maintenue par des pierres. Là encore, il est recommandé d’enlever cette barrière protectrice pendant la journée et de la remettre le soir. 

Si vous n’avez ni paille ni feuilles mortes ni paillis du commerce, vous pouvez simplement butter le pied des arbres fruitiers, surtout les plus jeunes. arbres fruitiers et gelées tardives

De même, le fait d’entourer le point de greffe avec un manchon constitué de paille entourée d’un voile d’hivernage permet d’augmenter la résistance au gel de votre arbre fruitier.

Certains arboriculteurs recommandent aussi de tondre l’herbe très rase au pied des arbres fruitiers. En effet, comme le sol, l’herbe garde le froid et le transmet à l’arbre.

D'autres techniques pour contrer le gel

Pour les vergers plus importants, pas de miracle. Même si vous pouvez essayer la méthode d’aspersion à l’eau en pluie très fine. Mais cette aspersion devra être continue et en particulier à l’aube. Vous pouvez aussi vous lever dès 4 heures du matin pour pulvériser vos arbres de gouttelettes d’eau !

Sinon, à long terme, la plantation de haies protectrices peut s’avérer utile pour au moins protéger vos arbres des courants d’air froids et gagner 1 ou 2 degrés qui peuvent totalement changer la donne en cas de gelées tardives. De même, la construction d’une palissade en bambous ou en bois peut protéger des arbres s’ils ne sont pas trop imposants.

Mieux planter vos arbres fruitiers pour mieux les protéger du gel

Si vous envisagez de planter quelques arbres fruitiers, il vaut mieux anticiper les épisodes de gel. Et en particulier en suivant quelques conseils de bon sens pour la plantation :

  • Un arbre fruitier palissé contre un mur d’une maison ou d’une clôture exposé au sud ou au sud-ouest garde la chaleur du soleil. Il protège ainsi l’arbre fruitier du gel en lui restituant la nuit cette chaleur. N’hésitez pas à consulter l’article d’Ingrid B. sur les différentes formes et variétés d’arbres fruitiers
  • Si vous n’avez aucun support pour palisser un arbre fruitier, choisissez plutôt un arbre fruitier à haute tige. Ainsi, les bourgeons, les fleurs et les petits fruits en formation seront moins sensibles au froid venu du sol
  • Un arbre fruitier planté en fond de vallée sera plus sensible au gel, car le froid s’y accumule, donc à éviter
  • Si vous souhaitez planter des arbres fruitiers à floraison précoce comme un abricotier ou un cerisier dans une région où les gelées tardives sont courantes, plantez vos arbres sur une pente orientée au nord. La floraison sera plus tardive donc moins sensible. Vous aurez peut-être un peu moins de fruits mais vous en aurez. Vous pouvez également planter vos arbres sur une pente orientée à l’ouest, car le dégel y sera moins rapide. Et c’est souvent le dégel qui peut être critique pour un arbre fruitier
  • Privilégiez des variétés résistantes au froid et à la floraison tardive afin de limiter les potentiels dégâts dans les régions les plus exposées aux gelées tardives. Pour les abricotiers, les variétés ‘Bergeron’, ‘Tardif de Tain’, ‘Rouge Tardif Delbard’ et ‘Tardif de Bordaneil’ sont réputées pour leur floraison tardive. Pour les cerisiers, choisissez des variétés comme ‘Tardif de Vignola’, ‘Cœur de pigeon’, ‘Reverchon’. Pour les pêchers, optez pour le nectarinier ‘Fantasia’, la pêche de vigne jaune, la ‘Sanguine’ ou la ‘Charles Roux’.

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