Polypodium : planter, cultiver et entretenir

Polypodium : planter, cultiver et entretenir

Sommaire

Rédigé le 22 Janvier 2021  par Alexandra 9 min.

Le Polypode en quelques mots

  • Le polypode est une ravissante petite fougère aux frondes vert foncé, une seule fois divisées
  • Son feuillage est persistant et décoratif tout au long de l’année
  • Il s’étend progressivement grâce à son rhizome traçant
  • Il est parfait dans un jardin naturel de sous-bois, ou dans une rocaille fraiche et ombragée
  • Il pousse facilement tout seul et ne demande quasiment pas d’entretien
Difficulté

Le mot de notre Experte

Le Polypode est une ravissante fougère aux frondes vert franc et persistantes, divisées en longues pinnules. Il possède un rhizome traçant, grâce auquel il s’étend progressivement. Le plus courant est le Polypodium vulgare, une plante que l’on trouve dans la nature en France, en forêt. Il peut pousser au sol, en épiphyte sur des troncs d’arbres, ou sur des murets. C’est une petite plante qui mesure généralement 20 à 30 cm de haut. Il se plait en sol frais et fertile, et il est très rustique. Il existe aussi une variété originale, le Polypodium vulgare ‘Bifido Multifidum’, qui a la particularité d’avoir l’extrémité de ses pinnules divisée en plusieurs lobes.

Le Polypode est une petite fougère très facile à cultiver. Une fois installé, il ne demande pas vraiment d’entretien, hormis éventuellement quelques arrosages en cas de sécheresse, et la taille des frondes sèches et abimées. Il est idéal dans un jardin de sous-bois, en compagnie d’autres fougères et plantes d’ombres, mais trouve aussi sa place dans une rocaille ombragée, ou sur un muret. Il ne nécessite que très peu de substrat. On le multiplie facilement par division de rhizome.

Botanique

Fiche d'identité

  • Nom latin Polypodium sp.
  • Famille Polypodiaceae
  • Nom commun Polypode, Réglisse des bois
  • Floraison aucune
  • Hauteur souvent entre 20 et 30 cm, voire jusqu’à 50 cm au maximum
  • Exposition ombre ou mi-ombre, soleil non brûlant
  • Type de sol frais, fertile, peu profond
  • Rusticité entre – 20 et – 30 °C

Le Polypode est une petite fougère persistante à rhizomes traçants. Il existe plus de 160 espèces de polypodes, dont la plupart sont des plantes tropicales et épiphytes. Cependant, nous parlerons dans cette fiche des espèces tempérées, qui peuvent sans problème être cultivées au jardin. Elles peuvent pousser au sol ou en épiphyte sur les troncs d’arbres, voire même directement sur des murets en pierre. En France, on trouve à l’état sauvage quelques espèces, notamment le Polypodium vulgare. Il pousse principalement en forêt (mais parfois aussi à découvert), sur des rochers, des murs, en épiphyte sur des troncs d’arbres ou directement au sol. Il est tout à fait rustique et se rencontre jusqu’à 2 000 mètres d’altitude. Le Polypodium cambricum, lui, se rencontre surtout dans la région méditerranéenne.

Le Polypode appartient au grand groupe des Ptéridophytes, qui regroupe les fougères, prêles et sélaginelles. Il s’agit de plantes primitives, qui étaient là bien avant les dinosaures. Elles furent parmi les premières plantes à être sorties de l’eau, avec les mousses, et restent dépendantes de l’eau pour leur reproduction. Parmi les fougères, le Polypode appartient à la famille des Polypodiacées, à laquelle il a donné son nom, et qui réunit environ 1 600 espèces.

Polypodium vulgare : Illustration botanique

Son nom latin provient du grec polus : nombreux, et podion : petit pied, en référence au rhizome qui possède de nombreuses petites racines. Le nom d’espèce vulgare signifie « commun » en latin. En français on le surnomme Réglisse des bois, car son rhizome a un goût de réglisse !

Le Polypode s’étend grâce à son rhizome traçant, cependant il ne devient pas envahissant pour autant ! Il pousse d’ailleurs assez lentement. Son rhizome est charnu et couvert d’écailles, et reste peu profond, très proche de la surface du sol. De plus, il est comestible : il a un goût de réglisse, à la fois amer et sucré ! Le Polypode mesure souvent 20 à 30 cm de hauteur, voire jusqu’à 50 cm au maximum.

Les frondes se développent le long du rhizome, isolément les unes des autres, et elles sont reliées à celui-ci par un pétiole. Elles sont de couleur vert foncé, et sont une seule fois divisées. Elles sont pennées, divisées en pinnules serrées, linéaires. Le limbe est étroit, et se réduit souvent au sommet en une longue pointe (pinnule terminale). Les frondes mesurent généralement entre 20 et 40 cm de long. Les frondes sont découpées de façon assez grossière, les pinnules sont moins fines que chez la plupart des fougères.

Les frondes du Polypodium vulgare et celles de la variété ‘Bifido Multifidum’

Les frondes du Polypodium vulgare persistent en hiver et se renouvellent au printemps : les nouvelles émergent alors que les anciennes se dessèchent. Son feuillage reste donc décoratif toute l’année ! Le Polypodium cambricum, lui, a la particularité d’avoir une saison de végétation inversée : ses frondes apparaissent en automne, s’épanouissent en hiver et au printemps, puis se dessèchent en début d’été. La plante entre alors en dormance jusqu’en automne, ce qui lui permet d’éviter la sécheresse et les fortes chaleurs. Elle a également l’avantage de supporter la sécheresse plus facilement que la plupart des fougères.

Comme les autres fougères, le Polypode ne donne pas de fleurs ni de graines, mais se reproduit en produisant des spores. Il s’agit d’organes minuscules, qui ressemblent à de la poussière, et qui sont enfermés dans des sacs appelés sporanges. Chez les polypodes, les sporanges sont réunies en sores (amas de sporanges) ronds, d’environ 2 mm de diamètre. Ils sont orangés et sont alignés sur deux rangs, de façon régulière, au revers de chaque pinnule. Les sporanges apparaissent en été et sont généralement mûrs au mois d’août.

Lorsqu’ils arrivent à maturité, les sporanges s’ouvrent et libèrent les spores. Ces derniers sont dispersés par le vent et se déposent au sol, où ils germeront en présence d’eau. Les spores donnent alors naissance à des organismes intermédiaires et minuscules, ressemblant à de la mousse ou à une fine pellicule verte, les prothalles. Ce sont eux qui portent les organes reproducteurs. La présence d’eau permettra la fécondation, puis l’apparition d’un petit plant de Polypode sous la forme que nous connaissons.

Les frondes fertiles du Polypodium vulgare, qui portent les spores (photos : H. Zell / Danny S.)

Les principales variétés

Les variétés les plus populaires

Polypodium vulgare - Fougère persistante

Polypodium vulgare - Fougère persistante

Le Polypodium vulgare est l’espèce la plus couramment cultivée, et on la trouve également dans la nature en France. Elle porte de belles frondes vert franc, pennées, qui se développent à partir de son rhizome traçant.
  • Hauteur à maturité 25 cm
Polypodium vulgare Bifido Multifidum - Fougère

Polypodium vulgare Bifido Multifidum - Fougère

La variété ‘Bifido Multifidum’ diffère de l’espèce type par des frondes originales, avec l’extrémité des pinnules redivisé en plusieurs lobes.
  • Hauteur à maturité 25 cm

Plantation

Où planter ?

Comme le polypode est une plante de sous-bois, il se plait à l’ombre ou à mi-ombre, et peut aussi pousser sous un soleil non brûlant. Il apprécie les sols tels qu’on en trouve en forêt : frais, fertiles, riches en humus. N’hésitez pas à apporter du compost bien décomposé ou du terreau de feuilles afin d’enrichir le sol. Le polypode se plait également en terrain drainant, sans excès d’humidité. Il n’a pas besoin de beaucoup de substrat : son rhizome est traçant et reste juste sous la surface du sol, et ses racines ne s’enfoncent vraiment pas profondément. Le Polypode a une préférence pour les substrats acides, mais peut aussi pousser en sol calcaire.

Le Polypode amène un effet très naturel dans les massifs ou les scènes de sous-bois ! Plantez-le aux côtés d’autres plantes d’ombre : hostas, sceau-de-salomon, pervenches, brunnera…

Il trouvera aisément sa place dans une rocaille fraiche et ombragée. Vous pouvez aussi le planter dans les interstices d’un muret en pierre. Le Polypode ne nécessite que très peu de substrat. Comme il pousse parfois en épiphyte sur des troncs d’arbres, vous pouvez sans problème l’installer sur une souche d’arbre mort ! Il peut également s’intégrer dans un mur végétal, frais et ombragé.

Quand planter ?

Les meilleures périodes pour planter le polypode sont l’automne et le printemps. Cependant sa plantation reste possible toute l’année, en évitant si possible les périodes de gel ou de fortes chaleurs.

Comment planter ?

En pleine terre :

  1. Placez la motte dans une bassine remplie d’eau afin de la réhumidifier.
  2. Creusez un trou de plantation, de deux à trois fois le volume de la motte.
  3. Apportez du compost bien décomposé pour enrichir le sol, et mélangez-le à la terre.
  4. Plantez votre polypode.
  5. Replacez la terre tout autour, et tassez.
  6. Arrosez généreusement.
  7. Installez éventuellement une petite couche de paillage.

Continuez à arroser dans les semaines suivant la plantation, pour que le sol reste frais.

Notre fiche-conseil : « Planter des fougères : où, quand et comment ? »

Sur un muret en pierre :

  • Trouvez sur un muret un interstice entre les pierres assez grand pour y insérer du substrat et le rhizome du polypode.
  • Mélangez de la terre de jardin avec du terreau et placez-le dans l’interstice du muret.
  • Plantez le polypode.
  • Comblez avec de la terre et tassez.
  • Arrosez. Si l’eau enlève un peu de substrat en s’écoulant, rajoutez-en et tassez à nouveau.

Vous pouvez aussi planter le Polypode en pot.

Le feuillage du polypode

Une fronde du Polypodium x mantoniae, hybride entre les Polypodium vulgare et P. interjectum (photo : Ashley Basil)

Entretien

Le polypode est une plante très facile à cultiver, et elle ne demande pas vraiment d’entretien. Nous vous conseillons néanmoins d’arroser dans les semaines qui suivent la plantation, et ensuite en cas de sécheresse. Les arrosages doivent être un peu plus suivis si vous cultivez le Polypode en pot, car le substrat se dessèche plus rapidement. Evitez cependant de laisser de l’eau stagner dans le dessous de pot. Vous pouvez aussi supprimer les feuilles sèches ou abimées, lorsque vous en voyez.

Il s’agit d’une plante très résistante, bien rustique, et elle n’est pas sensible aux maladies et parasites. Le polypode est une plante sans souci !

Multiplication

La technique la plus simple et rapide pour multiplier le polypode est la division. Le semis de spores nécessite du temps et des conditions particulières, mais il permet d’obtenir un plus grand nombre de plants.

Semis de spores

Le polypode se ressème parfois spontanément, il vous suffit alors de récupérer les jeunes plants. Vous pouvez aussi récolter les spores pour les semer. Elles apparaissent au revers des frondes, et se détachent toutes seules lorsqu’elles arrivent à maturité, généralement en fin d’été, vers le mois d’août.

  1. Récoltez des spores de Polypode ;
  2. Prenez un récipient en plastique transparent (par exemple un tupperware) ou en verre ;
  3. Mélangez du terreau et du sable, et tamisez-le ;
  4. Placez-le dans le récipient, arrosez pour l’humidifier, puis passez-le au micro-ondes environ 10 minutes, afin de le stériliser ;
  5. Attendez qu’il refroidisse, puis dispersez les spores à la surface, de façon homogène. Ne les recouvrez pas !
  6. Couvrez le récipient avec un film plastique ou un couvercle transparent, afin de créer une atmosphère stérile et humide ;
  7. Installez ensuite votre semis à un endroit lumineux, sans soleil direct, à une température d’environ 15 °C.

Ensuite, il ne vous reste plus qu’à patienter. Le développement de nouvelles fougères prend du temps, car il faut d’abord que le prothalle apparaisse pour permettre la fécondation. Vous pouvez aussi arroser à l’aide d’un pulvérisateur si vous constatez que le substrat se dessèche.

Pour plus de conseils, découvrez notre fiche « Comment semer les spores de fougères ? »

Division de touffes

Il est très facile de multiplier le Polypode par division de rhizome. Nous vous conseillons de le faire au printemps, en mai ou juin.

  1. Déterrez un polypode bien développé et étalé ;
  2. Dégagez le surplus de terre autour du rhizome ;
  3. Coupez-le en plusieurs sections à l’aide d’un couteau aiguisé, en veillant à ce que chacune ait des racines et quelques frondes ;
  4. Replantez immédiatement les sections de rhizome, et arrosez.

Association

Pour une scène très naturelle, nous vous conseillons d’associer le polypode à d’autres vivaces de sous-bois. Vous pouvez par exemple choisir des hostas, pervenches, sceau-de-salomon, Anemone nemorosa, Geranium nodosum, astrances, cœur-de-Marie… Pensez aussi à l’helxine et à la lysimaque nummularia, dont le feuillage couvrira joliment le sol. Vous pouvez aussi intégrer d’autres fougères, comme les Athyrium niponicum, scolopendres ou Blechnum spicant, et des graminées comme l’Hakonechloa macra. En association avec d’autres vivaces, le polypode contribue à donner un aspect luxuriant et sauvage à un sous-bois !

Inspiration pour associer le polypode au jardin

Intégrez le polypode dans un jardin de sous-bois au style très naturel ! Aspérule odorante, Dryopteris wallichiana, Dicentra spectabilis, Polypodium vulgare (photo 4028mdk09), Brunnera ‘Jack Frost’ et Dodecatheon conjugens (photo C.T. Johansson)

Comme dans la nature il pousse souvent entre des pierres ou dans des talus rocailleux, vous pouvez tout à fait installer le polypode dans une rocaille fraiche et ombragée. Associez-le par exemple à des scolopendres, Asplenium trichomanes, Ajuga reptans, Epimedium, saxifrages… Pour plus d’idées, n’hésitez pas à consulter notre fiche « 10 plantes pour aménager une rocaille d’ombre »

Enfin, le polypode trouvera aussi sa place dans un jardin graphique et japonisant, avec des helxines, hostas, érables du Japon, prêles, bambous, Athyrium niponicum

Si vous souhaitez plus d’idées et d’inspiration pour associer le polypode, découvrez notre fiche « Les fougères : 9 idées d’associations faciles à réussir »

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