Faut-il travailler la terre en hiver ?

Faut-il travailler la terre en hiver ?

Bêcher or not bêcher, telle est la question ?!

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Rédigé le 31 Décembre 2022  par Pascale 7 min.

Au potager, beaucoup ont tendance à croire que l’arrivée de l’hiver marque la fin du travail pour un repos (de jardinier) bien mérité. Loin de là ! La période entre la fin de l’automne et le début de l’hiver est le meilleur moment pour préparer le sol pour les futurs semis et plantations du printemps. Et en la matière, deux écoles s’opposent : les jardiniers qui bêchent à tour de bras pour retourner la terre, et les adeptes de permaculture et d’agriculture biologique qui préfèrent travailler la terre en douceur sans retournement. Quelle que soit la méthode choisie, ce travail de la terre est primordial pour structurer et aérer le sol. Mais le labeur hivernal ne s’arrête pas là puisqu’il faudra certainement couvrir le sol pour éviter la pousse des adventices et le lessivage. Autant dire qu’il n’est pas encore l’heure, pour le jardinier, de flemmarder devant un bon feu de cheminée

Automne Difficulté

Pourquoi le travail du sol est nécessaire ?

Après une saison de culture au potager, le sol a souffert, il s’est épuisé, appauvri, tassé, il a été piétiné par les passages répétés du ou des jardiniers. Les légumes gourmands y ont puisé tous les nutriments et oligo-éléments dont ils avaient besoin. Bref, après un été productif, la terre est fatiguée et moins nourricière. Elle a beaucoup donné et aspire à un peu d’attention !

travail du sol

Après un été productif, le sol est épuisé et vidé de ses éléments nutritifs

Et c’est là que le jardinier doit intervenir pour travailler cette terre, la préparer à accueillir les semis et plantations du printemps, l’enrichir pour obtenir une production importante. Car semer des légumes sur une terre pauvre, tassée, lessivée n’est pas forcément synonyme de succès !

Concrètement, le travail de la terre répond à plusieurs besoins et objectifs :

  • Le travail du sol permet de le décompacter, de le rendre plus meuble afin de faciliter la pénétration et la rétention d’eau. En effet, sur un sol tassé, l’eau de pluie coule et ne pénètre pas en profondeur
  • Pour se développer, une plante potagère développe son système racinaire afin d’aller puiser l’eau et les sels minéraux contenus dans le sol. Mais les racines ont aussi besoin d’air, c’est-à-dire d’oxygène pour que les plantes grandissent et fructifient ! Donc, le travail du sol permet de donner de l’air aux racines qui vont ainsi explorer un plus grand volume de terre. Le travail de la terre permet avant tout de créer une structure aérée, propice au bon développement du système racinaire et par là-même des plantes. Un sol aéré, ameubli est largement plus fertile qu’un sol tassé qui « étouffe »
  • Cet apport d’oxygène est également nécessaire à la survie des êtres vivants qui peuplent ce sol, comme les vers de terre, les bactéries ou les champignons. Ceux-ci sont très utiles pour digérer et assimiler les matières organiques qu’on leur apporte
  • Le travail de la terre a également pour finalité d’éliminer les adventices qui, malgré tous vos efforts de paillage, binage ou sarclage, ont malgré tout proliférer dans votre potager. Et en particulier les plantes coriaces à rhizomes comme le chiendent ou le liseron

Quand faut-il travailler la terre ?

La période entre la fin de l’automne et le début de l’hiver est idéale pour travailler la terre en profondeur, c’est-à-dire entre la mi-octobre et début décembre. Bien évidemment, ces dates ne sont absolument pas figées et dépendent beaucoup du climat de votre région. Toujours est-il qu’à cette période, le travail sera plus profond donc plus efficace. En revanche, au printemps, le travail du sol se fera en surface, il sera donc plus superficiel avant de créer les conditions idéales pour les semis.

De même, pour travailler cette terre arable en profondeur, il est nécessaire d’intervenir avant les grands froids et les gelées. Et, à cette période, la terre est encore chaude et les pluies d’automne l’ont humidifiée sans la gorger d’eau.

Pour autant, il est primordial de travailler le sol une journée sans pluie, sans gel, sans neige, donc ni trop humide, ni trop sèche.

Comment préparer sa terre en hiver ?

Si tous les jardiniers s’accordent à reconnaître que le travail de la terre en hiver est essentiel, la méthode utilisée divise. Certains sont adeptes de la méthode traditionnelle (et presque ancestrale) du bêchage avec retournement, d’autres ne jurent que par la méthode douce, reine de la permaculture et de l’agriculture biologique, du bêchage sans retournement du sol.

Pour autant, à part peut-être dans les potagers de très grande taille, le passage du motoculteur ou de tout autre engin motorisé est reconnu comme bouleversant pour le sol. En effet, les fraises du motoculteur ont tendance à mouliner la terre trop finement et de provoquer un effet inverse. Une fois mouillée, la terre s’agglomère et l’aération est réduite. De plus, le motoculteur perturbe réellement la vie de la faune, et en particulier les vers de terre qui sont moulinés en même temps que la terre. Il bouleverse la couche arable et risque de faire remonter les argiles. Et si, pour une raison ou une autre, vous ne pouvez vous passer du motoculteur, faites-le avec raison en utilisant la vitesse minimale de l’engin.

Sans vouloir attiser les tensions ni ouvrir les débats, peut-être pouvons-nous aborder les deux techniques de bêchage.

Bêcher en retournant le sol

Ce travail du sol à la bêche est le plus épuisant pour le dos, les bras et les épaules ! En effet, la terre est soulevée pour être retournée et donc aérée, sur une profondeur équivalente à la hauteur du fer plat, soit environ sur 20 à 25 cm. Ainsi, la terre est décompactée, et en particulier les zones où le sol a été tassé par des piétinements.travail du sol

Le bêchage manuel est aussi très intéressant pour les sols argileux et lourds puisqu’il permet de casser les mottes. Au cours de l’hiver, le gel finira le travail en émiettant et en fragmentant ces mottes. Dans le cas des terrains très lourds, compacts et caillouteux, la fourche-bêche est préférable, car elle s’enfonce plus facilement dans le sol. Et le louchet, une bêche plate au fer fin et tranchant, est plus adapté aux terres très argileuses et collantes.

Le bêchage à la bêche est également très utile pour enfouir et intégrer les amendements fournis au sol, comme le compost, le fumier, ou les engrais verts semés et fauchés.

De même, il est plus efficace pour éliminer les mauvaises herbes qui font de la résistance. Même si, pour certaines adventices comme le chiendent, il est préférable d’utiliser la fourche-bêche car elle casse moins les racines.

Les inconvénients

Si cette méthode est décriée, c’est parce qu’elle présente quelques inconvénients :

  • Elle perturbe la vie du sol, en particulier celle des micro-organismes (bactéries et champignons) qui se trouvent dans la couche superficielle du sol (10 à 15 cm) et qui se retrouvent enfouis en profondeur
  • Elle tue en les coupant net les vers de terre endogés qui creusent des galeries horizontales à faible profondeur (10 à 20 cm en moyenne) mais aussi les anéciques qui vivent plus profondément
  • Elle cisaille le dos et s’avère épuisante pour les épaules. Courbatures et mal de dos garantis !

Le bêchage sans retournement

Ce bêchage à la grelinette ou à l’aérabêche permet de travailler le sol en profondeur sans le retourner, donc sans bousculer quoi que ce soit. Grâce aux dents de ces outils, la terre est simplement soulevée et remuée, les différentes couches ne sont pas mélangées, et le sol est aéré. Ainsi, les micro-organismes et les vers de terre continuent à vivre leur vie et participent à la fertilisation du sol.travail du sol

Et vous vous fatiguez moins car les grelinettes, aérabêches et autres fourches bios s’utilisent un mouvement de va-et-vient, à reculons, sans être soulevés. Aucun effort intense n’est nécessaire.

Les inconvénients 

Aussi intéressant soit-il, ce bêchage sans retournement présente tout de même quelques inconvénients. En effet, on ne peut pas, avec cette méthode, enfouir les amendements apportés au sol. Après le passage de la grelinette, il faut absolument avoir recours au croc pour enterrer le fumier ou le compost.

De même, il faudra certainement passer un autre coup de croc pour décompacter finement le sol, par exemple pour des semis. Surtout en terre lourde et argileuse.

Pour aller plus loin :

Comment enrichir la terre en hiver ?

L’entrée de l’hiver est la période idéale pour enrichir le sol et entretenir sa fertilité. Et en la matière, il y a différentes façons de le faire en apportant des amendements naturels :

Si vous avez été prévoyant, vous aurez semé des engrais verts en automne qui auront l’avantage d’enrichir et d’aérer le sol tout en limitant la prolifération des mauvaises herbes. Mais là, il est un peu trop tard pour que les graines puissent germer.

travail du sol

Le fumier de cheval est un excellent pour le sol en hiver

Une fois que vous aurez intégré votre amendement à votre sol, il est judicieux de le couvrir pendant l’hiver afin de limiter la prolifération des mauvaises herbes. Certes, elles poussent moins vite mais elles poussent quand même. Et surtout, elles attendent patiemment que le printemps revienne. Pour couvrir le sol, vous pouvez poser :

  • Des cartons (sans encre) sur le sol
  • Des feuilles mortes
  • Des tailles de haies et d’arbustes broyées
  • De la paille…

Le mieux est encore de tout mélanger pour constituer une couverture riche qui va se décomposer pendant l’hiver grâce aux intempéries. Cette couverture a également l’avantage d’empêcher le lessivage du sol à cause de la battance des pluies et de la neige.

Sous cette épaisse couverture, les micro-organismes continueront leur travail de décomposition. Et au printemps revenu, il suffira d’intégrer ce qu’il reste pour que la terre se réchauffe.

Faut-il biner en hiver ?

Pourquoi pas ? Ce binage a l’avantage de faire remonter quelques larves, tapies dans le sol, et de les livrer à la gourmandise des oiseaux du ciel affamés en cette période.

Si vous avez des poules, n’hésitez pas à les lâcher dans votre potager préalablement biné. Elles feront aussi un festin de ces larves, en particulier celles des taupins et hannetons.

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