L'impact du changement climatique sur les maladies et ravageurs du potager

L'impact du changement climatique sur les maladies et ravageurs du potager

Quelles sont les conséquences sur le jardinage ?

Sommaire

Mis à jour le 30 Octobre 2023  par Pascale 6 min.

Les Saints de glace ont-ils encore aujourd’hui une réelle signification ? Votre calendrier des semis et plantations, hérité de votre grand-père, est-il encore d’actualité ? En tant que jardiner, ces questions, vous vous les posez chaque année, quelle que soit la région où vous jardinez. En effet, avec le réchauffement climatique, chaque année plus prégnant, la manière de jardiner évolue. Car le contexte change : les températures sont plus élevées, l’arrière-saison plus longue et les hivers plus doux, les canicules et les périodes de sécheresse sont récurrentes en été, voire dès le printemps et les gelées moins fortes. Clairement, le jardinage change de paradigme et il va falloir s’adapter en matière de semis, de plantation, d’arrosage…

Si ce bouleversement climatique a un impact sur les végétaux qui voient leur cycle végétatif perturbé (floraison, débourrement, fructification plus précoces, endurcissement au froid insuffisant…), il influence aussi directement la survenue des maladies ou l’apparition des ravageurs. 

Voyons ensemble quel est l’impact global du changement climatique sur le jardinage, et en particulier sur les maladies et les parasites. Et surtout comment anticiper ce changement climatique avec des solutions naturelles pour avoir un potager productif et nourricier. 

Difficulté

Quel est l'impact global du réchaffement climatique sur la potager ?

Depuis quelques décennies déjà, le changement climatique se fait plus visible. Partout dans le monde, les épisodes météorologiques extrêmes se multiplient, la fonte des glaces s’accélère, les vagues de chaleur sont plus longues et plus intenses chaque année. Y compris dans notre beau pays. Les périodes de canicule ne sont plus rares et reviennent d’année en année, la sécheresse ne touche plus uniquement les régions méridionales et s’étale sur de plus longues périodes, les épisodes de fortes précipitations ou de grêle dévastatrice sont plus courants… Bref, le climat change inexorablement, impactant directement le monde agricole, mais aussi nos jardins. 

Concrètement, avec la multiplication des étés caniculaires, qui succèdent à des printemps précoces et à des hivers doux, la nature est bouleversée. Les végétaux souffrent de la chaleur et de la sécheresse, les manifestations du stress hydrique sont de plus en plus fréquentes. De même, face aux printemps particulièrement doux, les végétaux gagnent en précocité, ce qui n’est pas sans conséquence sur leur développement phénologique : le débourrement, la floraison, la fructification, la récolte… sont plus précoces et surtout plus rapides. Et, dans ce cas, les gelées tardives peuvent être catastrophiques. Enfin, les hivers trop doux perturbent certains végétaux : les arbres fruitiers ont besoin de froid pour fructifier, les périodes de dormance, nécessaires à de nombreuses plantes, sont insuffisantes.

Au final, les végétaux accumulent les dérèglements et sont de plus en plus fragiles. Et qui dit fragilité dit maladies !

Mais ce changement climatique a aussi un impact considérable sur les insectes et la microfaune du sol. Une forte chaleur, combinée à la sécheresse, va forcément perturber la vie et l’activité de cette microfaune présente dans le sol. Quant aux insectes ravageurs, ils profitent de l’augmentation des températures pour proliférer. D’autant que le froid hivernal n’est pas suffisant pour détruire ces parasites.

potager et réchauffement climatique

Les plantes du potager souffrent particulièrement du réchauffement climatique

Donc, même si les conséquences du réchauffement climatique sont moins graves au potager que dans le milieu agricole, elles perturbent tout de même le jardinier que vous êtes. Aujourd’hui et dans le futur, il va falloir s’adapter, changer sa manière de jardiner, et préserver une nature déjà en souffrance. 

Les maladies du potager aggravées par le changement climatique

Indéniablement, ces désordres climatiques menacent directement la santé des plantes. Des printemps précoces qui succèdent à des hivers doux peuvent favoriser le développement de maladies. En effet, avec l’augmentation des températures, les virus et champignons se réveillent plus tôt et attaquent forcément plus tôt sur des végétaux encore délicats. De plus, le froid hivernal permet parfois de limiter le développement de certaines affections. Avec un froid moins marqué, les agents pathogènes survivent plus facilement.

De plus, l’élévation des températures et l’augmentation de l’humidité forment une combinaison idéale pour le développement des maladies cryptogamiques comme le mildiou, l’oïdium, la rouille… Ces maladies sont donc appelées à se multiplier, à s’intensifier et à apparaître de plus en plus précocement au printemps.

potager et réchauffement climatique

La chaleur précoce combinée à l’humidité accentue les risques de mildiou, d’oïdium, de rouille…

Enfin, le réchauffement peut entraîner le déplacement des zones d’infection par certaines maladies. Des maladies qui peuvent s’installer durablement d’une année à l’autre…

Des insectes ravageurs qui tirent profit du réchauffement climatique

Les insectes ravageurs… ce sont certainement les plus grands bénéficiaires de ces changements climatiques. Pourquoi ? Plusieurs facteurs entrent en compte dans leur prolifération tant sur les cultures agricoles qu’au sein des jardins potagers. D’abord, les hivers doux ne permettent pas de détruire les insectes en hibernation sous leur forme larvaire ou adulte, ou encore sous leur forme d’œufs.

Ensuite, des températures de plus en plus clémentes favorisent la croissance de ces insectes, mais aussi leur appétit et leur capacité à se reproduire. Les conséquences de cette voracité sont clairement visibles sur les végétaux sur une période plus longue. Et nombre de ces insectes risquent de produire plus de générations par saison grâce au prolongement de la période de chaleur. C’est d’ailleurs le cas du carpocapse, un insecte ravageur qui touche les arbres fruitiers, et en particulier les pommiers. De même, les pucerons prolifèrent dangereusement d’année en année, puisque leur fécondité dépend directement des températures. Dans le même temps, les prédateurs naturels de ces insectes ravageurs ne seront peut-être pas impactés positivement par le réchauffement climatique. 

Enfin, avec le réchauffement climatique, les aires de répartition de certains de ces insectes évoluent. Certains ravageurs, jusqu’à présents cantonnés au sud de la France, ont tendance à remonter vers le nord et à s’acclimater facilement. Pour illustrer mon propos, je vais évoquer deux exemples concrets. Cet été, mon petit potager (et la jardinière que je suis !) a dû faire face à deux vagues d’attaques d’insectes ravageurs inconnus à mes yeux. Qui s’ajoutent au retour des doryphores, devenus un mauvais souvenir depuis de nombreuses années ! Plantons le décor : j’habite et je jardine dans le beau département de la Loire, près de Saint-Etienne. 650 m d’altitude. Et cet été, mes tomates ont été attaquées par une noctuelle, plus particulièrement l’Helicoverpa armigera, un papillon d’origine tropicale jusqu’alors essentiellement présent dans le sud de la France. Les températures clémentes de ces dernières années lui ont permis de s’installer tranquillement dans notre région où les hivers sont de moins en moins froids et les étés de plus en plus chauds. Mes choux ont également reçu la visite de punaises joliment colorées (Eurydema ornata), assez semblables aux fameux gendarmes, elles aussi surtout présentes dans le sud de la France. Il en est de même des cicadelles, des chenilles processionnaires, des aleurodes du tabac… et de bien d’autres insectes.

potager et réchauffement climatique

Avec le réchauffement climatique, certains insectes ravageurs, comme la noctuelle de la tomate, montent petit à petit vers le nord du pays

Le réchauffement climatique favorise aussi l’installation d’insectes nuisibles, venus (par hasard) de régions lointaines, et qui trouvent les conditions favorables pour prolonger leur séjour…

Les solutions pour adapter son potager au réchauffement climatique

Face aux dérèglements climatiques, à son échelle, chaque jardinier a son rôle à jouer, aussi petit soit-il ! Et s’il veut continuer à profiter des fruits (et des légumes) de son travail au potager, il doit changer radicalement de pratique en adoptant des gestes culturaux différents, plus respectueux, mais aussi en déployant des stratégies de lutte naturelle et préventive contre les ravageurs. De multiples leviers peuvent être mis en œuvre :

  • Gérer l’eau différemment pour en optimiser les ressources. Il s’agit donc de récupérer l’eau de pluie aux périodes où elle abonde pour en profiter lorsqu’elle manque. Il est également possible d’adopter des systèmes d’arrosage différents, comme le goutte-à-goutte ou les ollas, et plus économiques. De même, les jardiniers devront apprendre à arroser différemment, plus avec modération, et de façon raisonnée, aux bons moments de la journée et en quantité raisonnable. Toutes nos idées et astuces pour arroser responsable 
  • Tirer profit des zones microclimatiques de son jardin : un potager est forcément constitué de zones différemment impactées par l’ensoleillement, la température, l’influence du vent, la prédominance des courants d’air, la présence d’eau… Il suffit donc de jardiner en utilisant les avantages de chacune de ces zones, par exemple en plantant des végétaux chameaux dans les zones sèches ou des salades dans les zones ombragées…
  • Adapter les espèces et les variétés de plantes potagères au climat. Ainsi, il est possible de sélectionner, parmi des espèces comme la salade, l’épinard, le radis…, des variétés moins sujettes à la chaleur et donc à la montaison en graines. Ou alors des variétés hâtives qui arriveront à maturité plus tôt. Par exemple, l’épinard ‘Viroflay’ qui supporte bien mieux la chaleur que d’autres variétés. Si vous vivez dans une région où le soleil est brûlant, il vous faudra peut-être renoncer aux cultures d’été, trop sujettes à la chaleur, et par là-même privilégier des légumes moins gourmands en eau comme le panais, la scorsonère…
  • Décaler les périodes de semis et de plantation. En effet, il est aujourd’hui possible de démarrer les semis et de planter plus tôt face aux printemps de plus en plus précoces. Même si les gelées tardives peuvent encore frapper en avril ou mai, on peut repiquer ses tomates plus tôt dans la saison. De même, les semis et les plantations se terminent plus tard en fin d’été ou en automne qui devient de plus en plus un été indien (toujours dans mon jardin, j’ai semé des haricots fin août que j’ai dégustés en octobre !)
  • Privilégier les légumes d’automne-hiver et de printemps dans les régions les plus chaudes. Ainsi, aujourd’hui, les betteraves, pois, carottes, blettes et autres mâches poussent plus facilement dans les potagers méridionaux que les traditionnelles tomates et courgettes. De même, les cultures de printemps ou primeur (carottes, pois, poireaux, salades, radis, fèves…) sont de plus en plus souvent une grande réussite
  • Adopter des gestes culturaux adaptés aux changements climatiques. Et ils sont nombreux ces gestes qui permettent de lutter contre le dérèglement climatique : le paillage pour nourrir le sol et conserver l’humidité, le non-travail de la terre, l’ombrage du potager, le recours aux purins et décoctions de plantes pour lutter contre les ravageurs et booster les plantes, l’association de plantes et la rotation des cultures, l’utilisation de compost ou d’engrais verts
  • Prôner la biodiversité pour assurer l’équilibre au potagerréintroduire des espèces indigènes et planter des espèces mellifères pour attirer les insectes auxiliaires capables de lutter naturellement contre les ravageurs, mais aussi les insectes pollinisateurs, installer des nichoirs et des mangeoires et planter des haies pour attirer les oiseaux des jardins, créer des abris pour les insectes et les pollinisateurs, faire des tas de pierres, de branchages ou de feuilles mortes pour abriter certains insectes amis, des petits mammifères, des reptiles… gros mangeurs de ravageurs, créer des zones humides.

    potager et réchauffement climatique

    Il faut urgemment adopter de nouvelles pratiques culturales

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