Tout savoir sur les plantes messicoles, fleurs des moissons

Tout savoir sur les plantes messicoles, fleurs des moissons

À la découverte des plantes messicoles, trésors des champs

Sommaire

Rédigé le 1 Avril 2024  par Olivier 7 min.

Imaginez vous promenant au cœur d’un champ de céréales, où un tapis multicolore de fleurs sauvages danse sous la caresse du vent. Ces joyaux de la nature, connus sous le nom de plantes messicoles, jouent un rôle essentiel dans l’équilibre écologique de nos campagnes. Véritables trésors de biodiversité, elles tissent autour des cultures un lien indissoluble avec la faune sauvage, enrichissant nos paysages agricoles d’une beauté et d’une complexité inestimables. En effet, ces dernières offrent abri et nourriture à une myriade d’insectes pollinisateurs, soutiennent des écosystèmes entiers et contribuent à la santé des sols. Leur présence est ainsi un indicateur précieux de la qualité environnementale et de pratiques agricoles respectueuses, un héritage naturel qui lie le passé au présent.

Pourtant, ces beautés fragiles font face à des menaces qui risquent de les effacer de nos champs, emportant avec elles une part essentielle de notre patrimoine écologique. Ce combat pour la survie des plantes messicoles est un appel à redécouvrir et à réinventer nos liens avec le monde naturel, à reconnaître l’importance vitale de chaque fleur, de chaque herbe dans l’équilibre de la vie.

plantes messicoles

Bleuets parmi des céréales.

Difficulté

Qu'est-ce que les plantes messicoles ?

Le terme « messicole » dérive du latin « messis » signifiant moisson, et « colere« , qui veut dire habiter, les définit comme des plantes vivant au sein ou à proximité des cultures. Elles se distinguent par leur capacité à coexister harmonieusement avec les cultures annuelles, dans des environnements façonnés par les activités agricoles humaines. Ces espèces, qui incluent des fleurs, des herbes, et même des céréales sauvages, ont évolué pour prospérer dans des conditions spécifiques, souvent liées aux cycles de culture et aux pratiques agricoles traditionnelles.

Définition et caractéristiques principales

Les plantes messicoles, ou compagnes des moissons, sont principalement caractérisées par leur cycle de vie annuel. Elles germent, croissent, fleurissent puis se ressèment sur une période correspondant à celle des cultures avec lesquelles elles cohabitent. Cette synchronisation parfaite avec les cycles agricoles permet non seulement leur survie, mais aussi leur floraison spectaculaire, souvent en fin de printemps ou en début d’été, juste avant les moissons. Leur présence est un indicateur de la bonne santé des écosystèmes agricoles et d’une agriculture respectueuse de l’environnement, car elles nécessitent des sols peu enrichis en nutriments et une faible utilisation de pesticides.

Différence entre plantes messicoles et autres types de plantes sauvages

La distinction principale entre les plantes messicoles et d’autres plantes sauvages réside dans leur milieu de vie spécifique : les premières sont intimement liées aux terres agricoles, tandis que les secondes peuvent s’épanouir dans une variété d’habitats naturels ou semi-naturels, comme les forêts, les prairies, les zones humides ou les milieux urbains. Les plantes sauvages englobent une diversité bien plus large d’espèces et d’adaptations écologiques, incluant des vivaces, des annuelles, des bisannuelles, et même des arbustes ou des arbres.

Une autre différence notable réside dans leur adaptation à un environnement anthropisé : alors que de nombreuses plantes sauvages doivent s’adapter à la présence humaine ou aux modifications de leur habitat, les plantes messicoles ont coévolué avec les pratiques agricoles. Leur existence dépend de l’agriculture traditionnelle, utilisant des méthodes de culture douces et respectueuses de l’environnement, telles que le fauchage tardif, la rotation des cultures et l’absence de traitements chimiques intensifs.

plante messicole definition

Les plantes messicoles poussent dans les champs de culture.

Histoire et évolution des plantes messicoles

Vous l’aurez compris, l’histoire des plantes messicoles est intimement liée à l’évolution des pratiques agricoles humaines depuis des millénaires. Ces plantes, qui ont trouvé dans les champs cultivés un habitat favorable, ont coévolué avec les sociétés agraires, s’adaptant aux changements de méthodes culturales et aux cycles des cultures. Leur présence dans les paysages agricoles est donc aussi ancienne que l’agriculture elle-même, reflétant une relation symbiotique entre l’homme et son environnement.

Origines historiques de ces plantes dans les paysages agricoles

Les plantes messicoles ont commencé à proliférer avec le développement de l’agriculture néolithique, il y a environ 10 000 ans. À cette époque, les premiers agriculteurs ont commencé à défricher les terres sauvages pour y semer leurs graines (céréales, légumes…), créant ainsi des habitats ouverts et perturbés, idéaux pour de nombreuses espèces pionnières. Parmi ces dernières, les plantes messicoles ont su tirer parti des sols nouvellement exposés et des pratiques culturales, s’insérant dans le cycle de vie des cultures domestiquées. Leur intégration dans les champs cultivés était facilitée par des pratiques agricoles diversifiées, mais relativement douces, permettant le maintien d’un équilibre entre la production alimentaire et la conservation de la biodiversité.

Impact des pratiques agricoles sur leur présence et diversité

Au fil des siècles, l’évolution des techniques agricoles a profondément influencé la diversité et la distribution des plantes messicoles. Pendant longtemps, l’agriculture traditionnelle a maintenu un paysage varié et semi-naturel, où ces plantes pouvaient prospérer. La rotation des cultures, le pâturage modéré et le fauchage manuel contribuaient à la conservation d’un milieu favorable à leur développement, sans pour autant compromettre les rendements agricoles.

Cependant, l’intensification de l’agriculture au cours du XXe siècle, caractérisée par une mécanisation accrue, l’utilisation massive d’engrais chimiques et de pesticides, ainsi que la spécialisation des cultures, a entraîné un déclin significatif des populations de plantes messicoles. Ces pratiques ont modifié les écosystèmes agricoles, favorisant les espèces à croissance rapide au détriment des plantes messicoles, qui nécessitent des conditions plus équilibrées et moins perturbées pour se développer. La simplification des paysages agricoles et la disparition des haies et des bandes enherbées ont également réduit les habitats disponibles pour ces espèces.

Les espèces messicoles les plus emblématiques

Plusieurs espèces messicoles sont emblématiques des paysages agricoles européens et jouent un rôle crucial dans la biodiversité des champs cultivés :

  • Le coquelicot (Papaver rhoeas) : Reconnaissable à sa fleur écarlate et à sa tige fragile, le coquelicot est peut-être la fleur messicole la plus emblématique. Il fleurit en été, offrant un spectacle visuel saisissant dans les champs de céréales.
  • La Nielle des blés (Agrostemma githago) : Jadis commune dans les champs de céréales, cette plante aux fleurs pourpres est aujourd’hui beaucoup plus rare, victime de la sélection des semences et de l’utilisation des herbicides.
  • La Camomille sauvage (Matricaria chamomilla) : Cette plante aux petites fleurs blanches et jaunes est connue pour ses propriétés médicinales. Elle pousse dans les champs de céréales, mais aussi au bord des chemins et dans les friches agricoles.
  • La Centaurée bleuet ou Bleuet (Cyanus segetum) : Avec ses fleurs d’un bleu intense, le bleuet est une autre image classique des champs de blé. Il est non seulement une source de nourriture pour les pollinisateurs, mais aussi un symbole de la biodiversité agricole.
  • Le Grémil des champs (Buglossoides arvensis) : C’est une plante annuelle messicole à petites fleurs blanches caractéristiques et des feuilles velues, préférant les terrains calcaires et apparaissant souvent dans les champs de céréales et les friches agricoles.
plantes messicoles classiques frequentes

Coquelicot, nielle des blés, camomille sauvage et bleuet font partie des plantes les plus reconnaissables.

Rôles écologique des plantes messicoles

Les plantes messicoles, ces compagnes des moissons, enrichissent la biodiversité en offrant habitats et ressources à une multitude d’espèces vivantes. En fleurissant, elles fournissent pollen et nectar à divers pollinisateurs, tels que les abeilles, les papillons et d’autres insectes, essentiels pour la pollinisation de nombreuses cultures et plantes sauvages. Leur présence contribue également à soutenir les populations d’oiseaux et de petits mammifères, qui trouvent dans ces habitats nourriture et abri.

Au-delà de leur rôle nourricier, les plantes messicoles participent à la structuration des sols et à leur santé. Par leurs cycles de vie, elles aident à maintenir la fertilité des sols en contribuant à leur aération et en favorisant le maintien d’une bonne structure. Leurs racines aident à prévenir l’érosion du sol, en le stabilisant et en permettant une meilleure infiltration de l’eau, réduisant ainsi le ruissellement et la perte de nutriments. Bref, on peut considérer les plantes messicoles comme des auxiliaires de culture.

Chrysanthemum segetum

Le chrysanthème des moissons (Chrysanthemum segetum).

Les plantes messicoles sont en danger !

Ces menaces, principalement dues aux activités humaines, ont entraîné un déclin alarmant de ces espèces, soulignant l’urgence de leur conservation pour le maintien de la biodiversité et la santé des écosystèmes. Voici les principaux facteurs de leur déclin :

  • Intensification agricole : L’une des principales menaces pour les plantes messicoles est l’intensification des pratiques agricoles. L’utilisation accrue d’engrais chimiques et de pesticides, la mécanisation lourde, l’irrigation intensive, et le recours à des monocultures de grande échelle ont modifié en profondeur les habitats naturels de ces plantes. Ces pratiques ont non seulement réduit la diversité des espèces dans les champs, mais ont aussi dégradé la qualité des sols et des paysages, rendant les milieux agricoles inhospitaliers pour les plantes messicoles.
  • Urbanisation : L’expansion urbaine et le développement des infrastructures ont également contribué à la perte d’habitats pour les plantes messicoles. La conversion des terres agricoles en zones résidentielles, commerciales, ou industrielles réduit considérablement les espaces disponibles pour ces espèces, fragmentant et isolant les populations, ce qui limite leur capacité à se disperser et à se reproduire.
  • Changement des pratiques culturales : Le remplacement des pratiques agricoles traditionnelles par des méthodes plus intrusives a aussi un impact négatif sur ces plantes. Le labour profond, l’élimination des haies et des bordures de champ, ainsi que le fauchage précoce et intensif, détruisent les habitats naturels des messicoles et perturbent leur cycle de vie.
flore messicole dangers

L’urbanisation est pour partie responsable de la disparition de la flore messicole.

Comment agir en faveur des plantes messicoles ?

Dans le milieu agricole

  • Adoption de l’agroécologie : L’agroécologie propose des pratiques qui imitent les processus naturels, favorisant ainsi la biodiversité, y compris celle des plantes messicoles. La rotation des cultures, l’agroforesterie, et le maintien des couvertures végétales sont des exemples de pratiques qui contribuent à créer un environnement propice pour ces plantes, tout en améliorant la fertilité des sols et la résilience des cultures.
  • Réduction de l’utilisation des pesticides : L’emploi de méthodes de lutte intégrée contre les nuisibles, qui privilégie les prédateurs naturels et les barrières physiques plutôt que les produits chimiques, aide à préserver les habitats des plantes messicoles et à maintenir les équilibres écologiques.
  • Création de réserves et de zones tampons : La mise en place de réserves naturelles ou de zones tampons autour des champs cultivés, telles que les jachères fleuries ou les bandes enherbées, offre des refuges pour les plantes messicoles et les espèces animales qui en dépendent.
  • Participation à des programmes de conservation : De nombreux programmes et projets de conservation travaillent à la préservation des plantes messicoles. Les agriculteurs peuvent s’engager dans ces programmes, bénéficiant souvent de soutien technique et financier pour adopter des pratiques plus respectueuses de l’environnement.
flore messicole protection proteger

Les zones tampons favorisent le retour d’une flore messicole.

Et dans nos jardins ?

  • Sensibilisation et éducation : Informer le public sur l’importance des plantes messicoles et sur les menaces qu’elles rencontrent est essentiel pour mobiliser le soutien à leur conservation. Participer à des ateliers, des conférences, et des visites de terrain peut aider à diffuser les connaissances et à encourager les actions positives.
  • Soutien aux agriculteurs pratiquant l’agriculture durable : Choisir des produits issus de l’agriculture durable, biologique ou respectueuse de la biodiversité soutient les pratiques qui favorisent la conservation des plantes messicoles. Ce soutien peut se traduire par l’achat direct de produits auprès de ces agriculteurs ou par la participation à des systèmes de paniers de légumes locaux.
  • Engagement volontaire : Participer à des projets de restauration d’habitats ou à des programmes de sciences citoyennes qui surveillent la biodiversité peut avoir un impact direct sur la conservation des plantes messicoles. De telles initiatives offrent également l’opportunité d’apprendre de nouvelles compétences et de contribuer à la recherche scientifique.
  • Pratiques responsables au jardin : Pour ceux qui disposent d’un jardin, la création de zones sauvages, l’arrêt de l’utilisation de pesticides, et la plantation d’espèces locales soutiennent la biodiversité, y compris celle des plantes messicoles.

Et si on semait des plantes messicoles ?

Il est tout à fait possible de semer des fleurs messicoles pour enrichir la biodiversité et embellir les espaces agricoles ou jardiniers. Pour ce faire, choisissez un mélange de graines de fleurs messicoles adapté à votre région et préparez le sol en le débarrassant des mauvaises herbes et en le travaillant légèrement. Semez les graines à la volée au printemps ou en automne, en veillant à ne pas trop les enterrer, puis tassez le sol et arrosez doucement. Avec un minimum d’entretien, ces fleurs se ressèmeront d’année en année (bien que certaines disparaitront petit à petit, ce qui est tout à fait naturel), contribuant à la beauté et à l’équilibre écologique de votre environnement.

fleurir jardin plantes messicoles

Conservez une zone du jardin plus sauvage, où vous pourrez pourquoi pas semer quelques plantes messicoles.

Pour aller plus loin...

→ Si vous souhaitez agir ou en savoir plus sur les plantes messicoles, voici le lien vers le site www.plantesmessicoles.fr qui déborde d’informations sur le sujet.

→ Il existe un observatoire citoyen qui permet de recenser les espèces de plantes messicoles sur le territoire français : www.tela-botanica.org/projets/observatoire-des-messicoles

→ Voici le lien vers un guide d’identification des plantes messicoles.

 

 

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