Nématodes contre les ravageurs du palmier : pourquoi et comment les utiliser au jardin ? 

Nématodes contre les ravageurs du palmier : pourquoi et comment les utiliser au jardin ? 

Traiter efficacement et biologiquement le charançon rouge et le papillon palmivore

Sommaire

Mis à jour le 23 Avril 2024  par Leïla 6 min.

Les palmiers sont des plantes majestueuses qui apportent une touche d’exotisme et de raffinement à nos jardins. Toutefois, ils connaissent deux ravageurs redoutables, le charançon rouge et le papillon palmivore, qui peuvent causer des dommages considérables, voire entraîner leur mort. Pour protéger vos palmiers, l’utilisation de nématodes, de minuscules vers ronds, s’avère particulièrement efficace et respectueuse de l’environnement.

Découvrez dans cet article pourquoi et comment utiliser les nématodes contre les ravageurs du palmier, et faites le choix d’une solution naturelle et responsable pour la santé de vos arbres.

Difficulté

Les ravageurs redoutables du palmier : charançon rouge et papillon palmivore

Les palmiers, ces plantes exotiques et élégantes qui prospèrent dans les climats doux, sont menacés par deux ennemis majeurs : le charançon rouge, larve d’un coléoptère appelé Rhyncophorus ferrugineus, et la chenille d’un papillon nommé Paysandisia archon. Ces ravageurs peuvent causer des dommages considérables, voire entraîner la mort de l’arbre.

Le charançon rouge

Le charançon rouge des palmiers est un coléoptère originaire d’Asie du Sud-Est, qui a été introduit accidentellement en Europe au cours des dernières décennies dans des plants importés. Il est d’ailleurs considéré comme une menace sérieuse par la Commission Européenne, qui a pris des mesures d’urgence pour empêcher son introduction et limiter sa propagation. En France, l’arrêté du 21 juillet 2010 rend par ailleurs obligatoire la déclaration du foyer d’infestation et la prise de mesures immédiates de prévention et d’élimination. Ce coléoptère est maintenant présent dans le Var, les Bouches-du-Rhône, les Alpes Maritime et la Corse, ainsi que dans une partie de la région Occitanie. Il s’installe plus volontiers sur le Phoenix canariensis, mais peut s’attaquer au Cocos nucifera, Brahea armata, Butia capitata, Chamaerops humilis, Livistona australis, Phoenix dactylifera, Sabal umbraculifera, Trachycarpus fortunei et Washingtonia. Il peut se reproduire rapidement, avec jusqu’à 4 générations par an, multipliant sa population par près de 40 tous les 4 mois.

Dans les cas les plus graves, l’attaque du charançon rouge peut entraîner la mort du palmier en quelques mois seulement.

Rhyncophorus ferrugineus est un grand coléoptère qui mesure 2,5 cm de long en moyenne, de couleur rouge brique avec des rayures noires sur les élytres. Il est équipé d’un long rostre, un organe suceur qui lui permet de creuser un trou dans le stipe ou faux tronc des palmiers. Sa larve, dodue et de couleur crème, présente une petite tête brune. Les femelles pondent leurs œufs dans les tissus tendres des palmes, où les larves se développent en creusant des galeries et en se nourrissant de la sève de l’arbre. Le problème est que les symptômes n’apparaissent que tardivement : les palmes se déforment, sèchent puis tombent, et une odeur fétide et un liquide brunâtre émane du stipe. Les adultes sont capables de voler sur de longues distances, ce qui facilite leur dispersion et leur invasion de nouveaux territoires.

La lutte contre le charançon rouge du palmier est complexe et nécessite la mise en œuvre de mesures préventives et curatives. Parmi les méthodes de prévention, on peut citer l’élimination des palmiers infestés, le renforcement de la résistance des plantes par une fertilisation adaptée et l’utilisation de pièges à phéromones pour déceler la population de charançons.

Rhyncophorus ferrugineus ou charançon rouge

Rhyncophorus ferrugineus ou charançon rouge

Le papillon palmivore

Le deuxième ennemi des palmiers, le Bombyx du palmier ou Sphinx du palmier, de son nom latin Paysandisia archon, est un grand papillon diurne originaire de l’Uruguay et du centre de l’Argentine introduit accidentellement en France dans les années 1990. Il sévit principalement en Espagne, mais aussi dans le sud de la France. Ce ravageur s’installe sur différentes espèces de palmiers parmi lesquelles Chamaerops humilis, Phoenix canariensis, Phoenix dactylifera et Phoenix reclinata, des Livistona, Trachycarpus fortunei, le Washingtonia filifera et certains Sabal. 

C’est sa larve, une grosse chenille blanchâtre, de 8 à 10 cm de long, qui cause des dégâts très sérieux : elle perfore les palmes, y creuse des trous et des galeries, provoquant ainsi le dessèchement des palmes et à terme la mort du palmier. La présence de trous à la base des rachis, les nervures principales des palmes, de sciure sur le stipe, de perforation des palmes et de cocons sont les symptômes habituels. Le papillon, quant à lui, mesure 9 à 11 cm d’envergure, la femelle étant généralement plus grande que le mâle, mais aussi moins colorée. Ses ailes antérieures sont de couleur vert-bronze foncé strié de brun, les ailes postérieures sont d’un rouge orangé brillant avec des marques noires et blanches. Il dispose d’antennes en forme de massues. Ce papillon vole de juin à septembre, il se repère sans difficulté aux heures les plus chaudes de la journée, entre 12 h et 14 h 30, non loin des palmiers.

papillon palmivore

Paysandisia archon

Pourquoi privilégier la lutte biologique pour vos palmiers ?

La lutte auxiliaire ou lutte biologique, est une méthode de protection des plantes qui consiste à utiliser des organismes vivants pour contrôler les ravageurs et les maladies. Cette approche écologique et durable vise à maintenir l’équilibre naturel des écosystèmes, en favorisant la biodiversité et en réduisant l’utilisation de produits chimiques. Parmi les auxiliaires de culture les plus efficaces et les plus répandus, on trouve les nématodes, de minuscules vers ronds qui jouent un rôle clé dans la lutte contre les ravageurs.

Les nématodes sont des vers microscopiques qui vivent naturellement dans le sol et les matières organiques en décomposition. On dénombre plus de 25 000 espèces de nématodes, dont certaines sont bénéfiques pour les plantes et d’autres sont des ravageurs. Les nématodes entomopathogènes, c’est-à-dire ceux qui parasitent les insectes, sont particulièrement utiles pour la lutte auxiliaire au jardin. Ils sont capables de contrôler efficacement de nombreux ravageurs.

Le mode d’action des nématodes entomopathogènes est simple et redoutable. Une fois appliqués sur le sol ou les plantes, ils recherchent activement leur proie en se déplaçant dans l’eau présente dans le milieu. Lorsqu’ils rencontrent un ravageur, ils pénètrent à l’intérieur de celui-ci par les voies naturelles et libèrent des bactéries symbiotiques qui se multiplient rapidement dans l’hôte. Ces bactéries produisent des enzymes qui dégradent les tissus de l’insecte, provoquant ainsi sa mort en quelques jours. Les nématodes se nourrissent alors des tissus liquéfiés et se reproduisent à l’intérieur du cadavre, avant de repartir en quête de nouvelles proies.

L’utilisation des nématodes entomopathogènes en lutte auxiliaire présente de nombreux avantages. Tout d’abord, ils sont hautement spécifiques, c’est-à-dire qu’ils ne s’attaquent qu’aux ravageurs ciblés, sans nuire aux autres organismes bénéfiques. De plus, ils sont inoffensifs pour les plantes, les animaux domestiques et les humains, ce qui en fait une alternative sûre et respectueuse de l’environnement aux pesticides chimiques.

Les nématodes sont également faciles à utiliser et à appliquer. Ils sont généralement commercialisés sous forme de poudre ou de gel, mélangés à un support inerte comme de l’argile ou de la tourbe. Il suffit de les diluer dans de l’eau et de les pulvériser sur le sol ou les plantes, en respectant les doses et les conditions d’application recommandées par le fabricant. Les nématodes sont sensibles aux rayons UV et à la dessiccation, il est donc important de les appliquer en fin de journée ou par temps couvert, et de maintenir le sol humide pendant les jours suivant l’application.

Pour les deux ravageurs du palmier que sont le charançon rouge et le sphinx du palmier, la lutte biologique se fait à l’aide de l’espèce Steinernema carpocapsae, un ver du sol blanchâtre et minuscule naturellement présent dans les sols européens, donc résistant au froid. Les nématodes parasitent le charançon rouge du palmier aux stades larvaires et adultes et le papillon ravageur du palmier aux stades larvaires.

L’efficacité de ce traitement est évaluée à 100% lorsqu’il est bien conduit. C’est en effet la condition indispensable à la totale réussite de ce type de traitement : il faut respecter scrupuleusement les règles d’utilisation sous peine de voir ses efforts non récompensés.

cocon papillon palmivore

Un cocon du papillon palmivore

Principes d'utilisation des nématodes

Pour rappel, les dégâts du charançon rouge sont visibles tardivement sur le palmier, mais il peut être détecté à l’aide d’un piège à phéromones spécifique.

Le traitement peut être appliqué en pleine terre ou sous serre, de manière préventive ou curative, idéalement une fois par mois, de mars à novembre, selon le ravageur visé. Une boîte de 25 millions de nématodes permet de traiter entre 1 et 3 palmiers, en fonction du niveau d’infestation et de la taille des arbres.

Le traitement est possible quand la température interne du palmier, que l’on peut mesurer à l’aide d’un thermomètre à viande, est comprise entre 14 et 35°C.

Ne pas utiliser de traitements chimiques la semaine précédant l’application et pendant 1 mois après. Attention également à certains fongicides qui peuvent être toxiques (notamment ceux à base de carbendazime, dodine, soufre…). Il faut proscrire toute utilisation de nématicides.

Pour le charançon rouge, le traitement doit être effectué de mars à juin, puis en septembre-octobre, éventuellement en juillet-août et en novembre si la température le permet. L’arrêté du 21 juillet 2010 relatif à la lutte contre ce ravageur préconise des pulvérisations mensuelles.

Pour le papillon palmivore : le traitement doit être effectué d’avril à juin et en septembre-octobre.

Après l’application sur le sommet du stipe et sur les feuilles des palmiers, les nématodes recherchent activement leur cible et pénètrent dans celle-ci par ses voies naturelles. Leur système digestif libère alors des bactéries spécifiques qui « digèrent » les tissus de l’hôte, qui sont ainsi facilement assimilés par les nématodes. Les larves parasitées meurent en 24 à 48 heures, libérant de nouveaux nématodes qui partiront en quête de nouvelles proies.

Comment procéder ?

Il est très important d’utiliser les nématodes le plus rapidement possible après réception pour éviter tout risque de baisse d’efficacité. Dans l’attente, conservez la boîte dans un réfrigérateur à une température de 4 à 12°C (conservation maximum jusqu’à la date limite d’utilisation indiquée sur l’emballage). Il ne faut jamais exposer les nématodes au soleil, car ils sont très sensibles aux rayons U.V.

Les nématodes utiles sont mélangés à de la poudre d’argile, utilisée comme excipient pour faciliter l’application.

Comme précisé plus haut, les nématodes sont actifs lorsque la température interne du palmier est comprise entre 14 et 35°C, sur végétation humide.

  • Humidifier le haut des palmiers 30 minutes avant l’application avec 10 litres d’eau pour faciliter la dispersion des nématodes.
  • Épandre les nématodes avec beaucoup d’eau sur le haut du stipe et les feuilles.
  • Maintenir humide les 15 jours suivants l’application.
  • Traiter de préférence le matin ou en soirée en dehors des heures ensoleillées ou par temps couvert.

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Rhyncophorus ferrugineus
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