L'idée de ce petit billet d'humeur m'est venue d'une réflexion que je me suis faite à un récent troc de plantes. Alors qu'une charmante dame proposait quelques plantes vivaces, je lui demande tout de go : "Les fleurs sont de quelle couleur ?" — "Jaunes", me répond-elle. Et moi de lui rétorquer sans plus de délicatesse : "Ah non, pas de jaune pour moi." Je m'en suis voulu immédiatement, me trouvant bizarrement très gonflée et bien peu respectueuse. Si elle lisait cet article, qu'elle me pardonne, car le jaune est une des couleurs les plus radieuses qui soient ! La preuve en images…
Le jaune au jardin : pourquoi tant de haine ?
On pourrait presque parler de couleur clivante au jardin, tant le jaune suscite soit le rejet, soit la véritable passion. Même si elle nous renvoie à l'image de l'astre solaire, qu'elle est symbole de gaieté et de dynamisme, c'est une des couleurs souvent boudées des jardiniers. Le jaune est pourtant la couleur d'arbustes ou de floraisons merveilleuses comme le mimosa hivernal ou le Laburnum, ces glycines jaunes délicieuses en arches pimpantes au printemps, qui font habituellement consensus.
Cette désaffection se retrouve même, je le constate en me penchant sur le sujet, dans nos articles chez Promesse de fleurs, où nous abordons beaucoup moins la thématique des floraisons jaunes que les populaires thématiques des jardins bleus, roses ou blancs.
La couleur jaune a mauvaise presse dans bon nombre de domaines. Elle est peu souvent choisie en couleur dominante en déco. Couleur primaire avec le bleu et le rouge, le jaune est bien à part dans nos choix végétaux, et certains se refusent même à voir une seule fleur jaune dans leurs massifs. Est-ce parce que l'on l'associe à certaines mauvaises herbes (pissenlit, laiteron, renoncule, chélidoine et j'en passe) ou parce qu'il est réputé difficile à associer ? Je pencherais plutôt pour cette seconde raison, et j'y reviens plus bas.
Dans l'art, il a été une des couleurs majeures du courant fauviste, et a été porté à son firmament avec Vincent Van Gogh et ses aplats jaune vif sur les tournesols ou chez Klimt.
Mais, d'abord associé au sacré, le jaune a décliné à partir du Moyen Âge, évoluant peu à peu vers un symbole négatif, jusqu'à devenir la couleur de l'étoile jaune de David. Même le langage s'en est pris à lui avec quelques expressions peu flatteuses comme le rire ou le péril jaune. En Occident, offrir un bouquet de roses jaunes a été longtemps synonyme d'infidélité, et plus largement de séparation. Le jaune renvoie à la tromperie et à la trahison, alors qu'il a une connotation très positive en Orient.
Jaune et jaunes
Pourtant il n'y a pas un jaune, mais des jaunes, à l'instar des dégradés comme dans toutes les couleurs.
Du jaune très doux, presque blanc, au jaune safrané, c'est le grand écart ! Mettons de côté les feuillages jaunes, ou dorés, qui sont quant à eux en général mieux acceptés par beaucoup de jardiniers.
Millepertuis, forsythia, mahonia : la couleur jaune vif de ces arbustes jugés comme très banals est peut-être l'une des raisons du mépris affiché pour le jaune. Ou bien est-il encore trop associé dans notre esprit aux jardins des années 70 où trônaient des rosiers jaunes bien peu naturels, des chrysanthèmes presque artificiels et des conifères trop dorés ? Enfin, certains massifs d'annuelles d'été vus dans les parcs ou ronds-points, parfois presque criards, en font fuir plus d'un…
À moins que le jaune citron des quelques adventices citées plus haut nous fasse nous détourner de cette ravissante couleur. Mais, c'est plus probablement la difficulté à bien combiner les fleurs jaunes aux autres floraisons d'un jardin qui nous fait hésiter à l'employer. Pour résumer : on a souvent peur que le jaune saturé jure avec les autres plantes du jardin.
Mes fleurs jaunes préférées
Je fais partie de celles qui ne plantent pas trop de fleurs jaunes au jardin. Mon avis a cependant évolué avec mes pérégrinations dans les jardins anglais qui osent, pour certains, le jardin monochrome jaune, moins commun que le célèbre jardin blanc de Sissinghurst. On y trouve des merveilles, comme ici au Burton Agnes Hall.
Pour ma part, la mention spéciale va vers les floraisons jaune pâle et pastel tellement faciles à associer. Les jaunes clairs, crémés, beurre frais, anis, paille ou légèrement abricotés s'accordent en réalité avec de nombreuses floraisons au jardin : tous les bleus, les roses et les orangers, les mauves et les violets, du lavande pâle au prune. On les retrouve dans certains rosiers anciens ou botaniques comme 'Mermaid', de nombreux chèvrefeuilles, le laurier-rose luteum 'Plenum', le Liriodendron, quelques magnolias et Michelia exquis, d'une grande délicatesse, et tellement d'autres arbustes ou plantes vivaces.
J'avoue que le jaune radieux est aussi la couleur du printemps ! Les jonquilles en sont les vraies ambassadrices. Et, si l'on ne souhaite pas intégrer de jaune le reste de l'année dans le jardin, le printemps est une réelle opportunité pour ponctuer les premiers beaux jours avec un rosier de Banks, quelques tulipes solaires et autres bulbes ou euphorbes à fleurs jaune chartreux, ou une azalée 'Harvest Moon' qui se marient à ravir avec les nombreuses floraisons bleues et blanches du printemps.



L'emploi du jaune : ne pas se tromper
J'aime aussi voir des floraisons jaunes plus vives parader dans les massifs d'été, dans un contexte naturaliste avec des rudbeckias ou des achillées solaires, dans les hot borders anglais, qui mêlent toutes les couleurs chaudes du cercle chromatique. Il est aussi parfait dans les jardins exotiques, aux côtés de floraisons orangées, avec lesquelles il assure un beau dégradé. Enfin, de nombreuses plantes de berge ou aquatiques fleurissent jaune, ce qui en fait de belles options pour les jardins d'eau ou les abords de bassins, magnifiés par les iris des marais, les ligulaires, les nénuphars jaunes et quelques touches de feuillages pourpres. Dernière option pour ce jaune si décrié : il est une des couleurs phares du jardin sec, se retrouvant mêlé aux senecios, aux Helychrisum et autres plantes succulentes associées à des feuillages grisés et argentés et à quelques floraisons bleues ou orangées.
Mon dernier conseil : ne pas intégrer de floraisons jaunes dans des massifs déjà bien colorés (mis à part le contexte naturaliste). On obtiendrait un effet bariolé pas du meilleur goût. Mieux vaut s'en tenir à une association bicolore, réussie, ou avec trois couleurs, et jouer avec les contrastes de feuillage, ou en dégradé. L'intégrer par petites touches, sauf si l'on part dans l'optique d'un jardin monochrome, est pour moi la meilleure façon de le sublimer !
Vous n'êtes pas convaincus ? Hésitez encore ? Vous utilisez plutôt le jaune dans les beaux arbustes à floraison hivernale ? Quelles sont vos expériences avec le jaune au jardin ? Dites-nous comment vous l'employez, et n'hésitez pas à réagir pour continuer ce débat éternel du jaune au jardin.



une trilogie réussie du jaune, orangé et pourpre
Aller plus loin…
Faites aussi le plein d'idées grâce aux conseils et inspirations de l'équipe éditoriale dans notre rubrique dédiée au Jardin jaune. Sur notre boutique en ligne, découvrez notre large gamme d'arbustes à fleurs jaunes, ainsi que nos rosiers à fleurs jaunes, et nos bulbes à fleurs jaunes.
Leïla a abordé ce sujet dans Comment associer les fleurs jaunes au jardin ? et Michaël dans Tempérer les fleurs jaunes au jardin.
Et puis, si vous êtes comme moi amateurs d'histoire et de symbolique des couleurs, rajoutez à vos lectures de l'été l'opus de la couleur jaune de Michel Pastoureau : Jaune, histoire d'une couleur, aux éditions Points.


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