Les plantes en pied de façade en ville : intérêts, enjeux et conseils
Quand fleurir les pieds de murs répond au réchauffement climatique
Sommaire
Face au réchauffement climatique, nos communes et villes réagissent en végétalisant de plus en plus pour contrer les îlots de chaleur. Parmi les diverses options qui s’offrent à elles, la végétalisation en pied de façade est un des phénomènes grandissants. Il permet aux habitants de fleurir leur entrée qui donne sur des trottoirs sombres, bien peu flatteurs, et surtout, vrais radiateurs urbains.
Sur ces micro-jardins pris sur le trottoir, quelles plantes sont indiquées ? Si une liste de plantes adaptées est souvent soumise aux riverains, nous vous donnons quelques idées pour bien faire votre choix parmi les végétaux appropriés à cet espace restreint.
Pourquoi végétaliser les pieds de façade en ville ?
Après la végétalisation en pied d’arbres et les jardins partagés, de nombreuses villes ont cédé à cette nouvelle mode urbaine il y a déjà une quinzaine d’années. Les Pays-Bas et la Belgique en ont été les précurseurs en Europe. En France, les pionniers de ce qu’on appelle trottoirs fleuris ou jardins de rue ont été Rennes, Lyon et Angers* : certains trottoirs se sont vus “débitumés” pour la première fois pour des raisons à la fois esthétiques mais surtout environnementales. Parce que réduire les surfaces minérales restituant la chaleur la nuit avec ces micro-écosystèmes, c’est tout l’enjeu de ces végétalisations. Faire agir le végétal comme climatiseur naturel, même sur de petits espaces, devient non seulement une priorité dans les milieux urbains très construits, mais une nécessité pour les générations futures. Il permet à la ville de se doter de nouveaux mini-espaces verts, et à la biodiversité de bénéficier d’un surplus de verdure.
La plupart des villes encouragent donc désormais ces projets pour des raisons environnementales évidentes, mais également pour l’amélioration du cadre de vie et la création de lien social entre voisins. Ceci permet aussi de pallier le problème de la gestion des herbes folles qui se glissent entre le mur des habitations et le trottoir, activité qui n’est dorénavant plus à la charge de la plupart des villes. On a même constaté moins d’incivilités (mégots, papiers par terre) grâce à l’embellissement des rues dans certaines villes, la sensibilisation à la nature et l’implication des habitants faisant leur œuvre.
* Rennes en 2004, Lyon en 2005 (“Passe-jardin”) et Angers en 2010. Puis “Ma rue est un jardin” à Nantes, Poitiers avec “Faites de votre rue un jardin”, “Fleur de trottoir” à Tours, un programme plus global de “Végétalisation Cœur de Ville” à Angers, autant de belles réalisations concrètes en France.

À Bordeaux ou à Paris, des villes très minérales, la démarche de plantations en pied d’immeubles et de maisons fait son chemin…
Lire aussi
Aux Pays-Bas, l'art des trottoirs jardinésLes conditions pour végétaliser sa façade
Les riverains se voient proposer, quand les réseaux enterrés le permettent, une mini-fosse à l’entrée de leur maison ou de leur immeuble. Étude, découpage de l’enrobé, apport de terre, fourniture des plants ou de graines, tout est souvent mis gracieusement à disposition.
La demande peut en être faite directement par les habitants ou un collectif de riverains, un commerçant, une association, et dans certains cas comme les centres-villes, elle est généralement à l’initiative de la mairie. On parle de “permis de végétaliser”, un bien drôle de terme quand on y pense. La municipalité étudie alors la faisabilité selon les contraintes de largeur (il doit rester un espace libre de 1,40 m minimum pour la circulation piétonne) et le passage des réseaux souterrains.
Si vous êtes locataire, la demande doit être faite par le propriétaire. Pour les copropriétés, l’AG annuelle doit donner son accord. Il n’est pas obligatoire d’avoir un jardin pour être éligible.
Une fois l’étude de faisabilité approuvée et les contraintes techniques établies, le riverain doit s’engager à assurer l’entretien (arrosage, taille, désherbage manuel, paillage, palissage pour les grimpantes, remplacements, etc.) de ce micro-jardin. Il est accompagné par les services des Espaces verts de sa ville pour la plantation et le suivi.
Si l’autorisation n’est pas donnée, reste à végétaliser comme on le fait dans les pays du sud de l’Europe, en créant soi-même son mini-jardin en jardin de pots alignés le long de la façade dans les impasses ou quand la rue est peu passante.

À Angers, les mini-fosses de plantation en ardoise accueillent ici à gauche des roses trémières et à droite un chèvrefeuille (Photos Gwenaëlle David Authier)
Quels types de plantes et quelles contraintes de plantation pour ces jardins de trottoirs ?
Ces mini-enclaves prises sur le bitume de l’espace public sont de très petite dimension afin de ne pas gêner la circulation piétonne (généralement un rectangle d’une quinzaine de centimètres pris le long du mur et en profondeur). Pour les fosses de plantation miniatures, la mairie donne non seulement des conseils de plantation, mais aussi un cahier des charges avec une liste préétablie de plantes à utiliser.
Il faut à la fois que les plantes soient intéressantes d’un point de vue esthétique, mais aussi, quand c’est possible, des plantes mellifères, pour être des supports de biodiversité, et des plantes d’origine locale. Sont proscrites les plantes invasives.
La contrainte la plus forte est le volume et la dimension que vont prendre les plantes à maturité. On se concentre donc sur des plantes prenant peu d’envergure, souvent des grimpantes, qui vont ainsi également animer et réguler la température des façades des maisons ou immeubles, ou des plantes vivaces et sous-arbrisseaux de faible développement. On oublie carrément les plantes arquées qui prendraient trop de place sur le trottoir et toutes les plantes à épines ou toxiques pour des raisons évidentes. Les graines d’annuelles sont aussi intéressantes, mais il faut les ressemer chaque année (on pourra préférer celles qui se ressèment spontanément). Référez-vous toujours au cahier des charges de votre ville pour la hauteur de plantes autorisée, généralement jusqu’à 2 m.
Les plantes grimpantes et les vivaces les plus faciles d’entretien et à forte valeur ornementale doivent aussi être particulièrement :
- résistantes à la sécheresse
- économes en eau
- adaptées aux petits volumes
- adaptées au climat local
- tolérantes à la pollution urbaine
- peu exigeantes en sol ni en soin, en bref, des costaudes !
Bien retenir :
- Privilégier de façon générale un mélange de plantes vivaces, de couvre-sols bas, et de grimpantes, ainsi que caduques/persistantes pour s’alléger le désherbage, et prolonger l’intérêt sur plusieurs mois.
- Ne pas empiéter sur les 1,40 m du trottoir réservés aux piétons, poussettes, fauteuils roulants. Si les plantes se développent de trop, il faudra les tailler pour respecter cette contrainte.
- Respecter la hauteur des plantes grimpantes, qui, selon les villes, varie (habituellement jusqu’à 3 m, mais certaines municipalités imposent des plantes à moins de 1,80 m).

Toujours à Angers, anémones du Japon, véroniques arbustives et grimpantes que l’on devra conduire sur un treillage (1), photos Gwenaëlle David Authier. Grande marguerite (2) et Erigeron karvinskianus (3)
À l’ombre
- Fougères
- Anémones du Japon
- Astilbes
- Saxifrages
- Bugle rampante (Ajuga reptans)
- Hostas compacts
À mi-ombre (entre 3 et 6 heures de soleil/jour)
- Géraniums vivaces
- Alchemille mollis
- Anémones du Japon
- Hellébores
- Bergenia
- Heuchères
- Des grimpantes : chevrefeuilles, jasmin étoilé
- Carex et liriopes
- les Catananches
- les marguerites (Leucanthemum vulgare)
- et parmi les annuelles : Antirrhinum majus (gueule de loup), soucis et capucines
En plein soleil
C’est l’exposition sud, avec plus de 6 h de soleil/jour, parfaite pour les :
- Roses trémières
- Achillées
- Lavandes compactes comme ‘Hidcote‘
- Agapanthes
- Valérianes
- Perovskia atriplicifolia ‘Blue Spire’
- Bruyères
- Sauges arbustives et herbacées
- Grands orpins d’automne
- Agastaches
- Iris des jardins
- Thyms compacts
- Gauras compacts ou moyennes comme le Gaura lindheimeri ‘The Bride’
- Linaires
- Catananches
- Érigerons
- Hélichrysum, fétuques et stipa
- Marguerites (Leucanthemum vulgare)
- Soucis (Calendula)
- La vipérine commune
- Des grimpantes comme les glycines compactes ou le jasmin étoilé, les clématites
- Des annuelles comme les capucines et la capucine tubéreuse, les ipomées, les tournesols, les pavots de Californie…
Pour une exposition sud ou ouest, pensez aussi à des plantes aromatiques comme l’origan ou la verveine citronnelle. De nombreuses villes acceptent la plantation de légumes. Découvrez nos idées pour créer un potager à la verticale !
- Abonnez-vous
- Sommaire
Commentaires