Cadmium au potager : faut-il s'inquiéter ?
Faisons le point sur sa présence et les solutions pour s'en préserver
Sommaire
Devenu un sujet central de santé publique, le cadmium bénéficie depuis quelques mois d’une véritable attention médiatique, réglementaire et législative. Il faut dire que ce métal lourd, naturellement présent dans les sols à très faible dose, s’avère toxique et cancérogène pour les hommes. Et les études de santé publique, menées entre autres par l’ANSES, montrent qu’une grande partie de la population française dépasse les doses journalières tolérables de cadmium, et ce à cause de son alimentation. Mais l’origine du problème est clairement désigné : les fertilisants minéraux phosphatés, largement utilisés en agriculture, accumulés dans les sols et absorbés par les céréales et les légumes. Et dans votre potager, qu’en est-il ? Doit-on se préoccuper de la présence de cadmium dans nos jardins ? Et si oui, que faire ?
Qu'est-ce que le cadmium ? Quels risques pour la santé ?
Le cadmium est un métal lourd, présent naturellement dans la croûte terrestre mais en très faibles quantités. Sauf que les activités humaines ont changé la donne, et en particulier l’agriculture intensive. Sans odeur ni saveur, ce cadmium passe totalement inaperçu et dans le même temps, il n’a absolument aucun rôle biologique ni pour les hommes ni pour les plantes. Au contraire, il s’avère hautement toxique lorsque les doses tolérables sont dépassées.
Le cadmium a une autre particularité : il est très persistant. Une fois introduit dans les sols, il y reste et s’élimine très difficilement et très lentement. Et le même phénomène se produit dans nos organismes. De ce fait, au fil des décennies, le cadmium s’accumule dans les sols et dans nos corps. Et il impacte directement notre alimentation. En effet, l’alimentation représente plus de 90 % de l’exposition globale de la population non-fumeuse au cadmium, à travers des aliments du quotidien largement consommés comme les produits céréaliers (pain, pâtes), les légumes-racines (carottes, pommes de terre) et les légumes-feuilles (salades, épinards).
Étant classé comme cancérogène avéré par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), le cadmium peut provoquer des atteintes rénales et une fragilisation osseuse, car il interfère sur la fixation du calcium.
Alors comment expliquer que le cadmium se retrouve dans nos assiettes à hautes doses ? Tout simplement à cause de la fertilisation des sols avec des engrais minéraux phosphatés, largement utilisés par l’agriculture intensive depuis plusieurs décennies. À chaque pulvérisation d’engrais, du cadmium est injecté dans le sol où il se fixe, avant d’être absorbé par les racines des légumes et céréales que nous mangeons.
Le cadmium est-il présent dans le sol de nos potagers ?
Le cadmium est-il présent dans le sol de nos potagers ? D’emblée, vous auriez tendance à répondre : “Je n’utilise pas d’engrais minéraux phosphatés, donc pas de cadmium dans le sol de mon jardin !” Évidemment, la réponse est légitime. Mais connaissez-vous vraiment l’historique de votre sol, sachant que le cadmium s’accumule au fil des décennies ?
D’où provient le cadmium présent dans nos sols ?
Car le sol de votre potager que vous cultivez le plus naturellement possible peut contenir du cadmium. Reste à savoir d’où il provient. Et plusieurs pistes sont envisageables :
- Les engrais minéraux phosphatés étant la principale source de contamination en France, votre sol peut parfaitement en avoir été enrichi. Peut-être parce que les propriétaires passés dans votre maison utilisaient ces engrais dans leur jardin… Peut-être parce que votre maison a été construite sur d’anciennes terres agricoles… Bref, il est impossible de savoir de manière absolue comment un sol a été travaillé et enrichi dans le passé.
- Si vous habitez à proximité d’anciennes fonderies, d’incinérateurs, de zones d’activités minières historiques, d’axes routiers importants, c’est autant de risques de cadmium dans le sol.
- L’ANSES a également pointé du doigt l’utilisation passée de boues de stations d’épuration, de remblais d’origine inconnue ou de certains amendements dans le passé.

Les engrais phosphatés sont la cause principale de la présence de cadmium à haute dose dans les sols.
La seule méthode fiable pour savoir si votre sol contient du cadmium est de faire réaliser une analyse en laboratoire spécialisé, via un simple kit de prélèvement de terre. Facturée de 80 à 150 euros, cette analyse permet de doser précisément la quantité de cadmium mais également d’autres métaux lourds comme le plomb, l’arsenic, le mercure… Vous pouvez aussi évaluer les risques avant de faire faire l’analyse en cherchant l’historique de votre terrain.
Des facteurs aggravants
Votre sol peut parfaitement contenir un peu de cadmium sans que les légumes que vous y cultivez soient impactés et impropres à la consommation. Tout dépend de la capacité du système racinaire de ces plantes à absorber ce cadmium. Et certains critères entrent en compte comme le pH du sol, un élément primordial. En effet, si votre sol est très acide, avec un pH inférieur à 6,5, le cadmium est très mobile et pénètre facilement dans les plantes. À l’inverse, un sol neutre ou légèrement calcaire, avec un pH supérieur ou égal à 7, piège et immobilise le cadmium, limitant fortement son transfert vers les racines des légumes.
Dans quels légumes ou fruits le cadmium est-il le plus présent ?
Clairement, toutes les plantes potagères n’accumulent pas le cadmium de la même façon. Cette concentration dépend de trois facteurs physiologiques : la manière dont les racines pénètrent le sol et absorbent les minéraux, la présence ou non de mécanismes de défense naturels pour piéger les métaux lourds et le degré d’évapotranspiration. En effet, plus une plante “transpire”, plus son feuillage consomme des éléments solubles du sol. Le risque de contamination est donc plus ou moins élevé selon les légumes cultivés.
Le risque le plus élevé pour les légumes-feuilles
Parmi les légumes du potager, les légumes dont on consomme le feuillage sont les plus exposés au cadmium. Pourquoi ? Les grandes surfaces foliaires de ces légumes évaporent de l’eau en continu, aspirée dans le sol. Et comme le cadmium est dissous dans cette eau, il est acheminé dans les feuilles où il se concentre dans les cellules.
Quels sont les légumes-feuilles les plus impactés ?
- Les laitues, les épinards et les blettes sont les plus sensibles au cadmium car ils l’accumulent en masse. Même dans un sol modérément contaminé, la concentration de cadmium dans la partie comestible peut rapidement dépasser la Dose Journalière Tolérable (DJT).
- Les choux et les salades asiatiques du type mizuna accumulent aussi beaucoup le cadmium dans leurs feuillage externe.

Ce sont les légumes-feuilles qui concentrent le plus le cadmium.
Un risque modéré à élevé pour les légumes-racines et les tubercules
Les légumes cultivés sous terre sont logiquement impactés car ils sont en contact direct avec le sol. Et en particulier la peau des racines ou des tubercules. De plus, les parties externes des racines de ces légumes accumulent les métaux lourds pour éviter qu’ils n’aillent jusqu’au feuillage.
Quels sont les légumes-racines les plus impactés ?
- Les carottes, les céleris-raves, les navets, les radis… où le cadmium se concentre dans l’enveloppe externe
- Les pommes de terre et les patates douces, mais le cadmium se situe essentiellement dans la peau du tubercule.
Un risque plus faible pour les légumes-fruits et les légumineuses
C’est la catégorie de légumes la moins impactée car ces plantes ont des mécanismes de défense plus efficaces. Le cadmium est assez bloqué au niveau des racines et de la tige. De plus, les graines et fruits sont principalement protégés par la plante car ils sont synonymes de descendance et de pérennité.
Donc, vous pouvez cultiver et manger des tomates, des poivrons, des aubergines, des melons, mais aussi toutes les courges sans peur. Quant aux légumineuses comme les haricots, les petits pois, les fèves, ils sont aussi dénués de risques car le cadmium se fixe dans les nodosités des racines.
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Engrais ou amendement : Quelle différence ?Quelles sont les précautions à prendre au potager ?
Si votre sol est potentiellement exposé au cadmium, parce que votre potager est situé sur une ancienne zone minière ou avec un passé fortement industriel, ou encore sur un ancien terrain agricole enrichi avec des engrais phosphatés, quelques précautions peuvent être prises :
- Surveiller et éventuellement remonter le pH de votre sol s’il est trop acide en apportant des amendements calcaires doux comme la chaux pour vous rapprocher d’un pH plus neutre.
- Bannir à vie tous les engrais chimiques phosphatés de synthèse que vous pouvez aisément remplacer par du compost maison, des engrais organiques comme la farine d’os ou d’arêtes de poissons, la corne broyée, le guano d’oiseaux ou les fientes de poules compostées ou des engrais verts.
- Laver et éplucher avec la plus grande attention les légumes-racines pour supprimer une partie du cadmium.
- Appliquer la rotation des cultures dans votre potager pour ne pas cultiver au même endroit les mêmes légumes.
- Cultiver en bacs surélevés ou en carrés potagers, dotés d’une toile géotextile et remplis de terreau et de compost.

La culture en bacs surélevés permet de cultiver ses légumes même dans un sol pollué au cadmium.
FAQ
Existe-t-il des plantes dépolluantes capables d’éliminer le cadmium dans le sol ?
Oui mais pas à l’échelle du potager. Le tabouret bleuâtre (Noccaea caerulescens) est une plante dépolluante de la famille des Brassicacées, capable de capter via ses racines certains métaux comme le cadmium et de l’accumuler dans ses feuilles. C’est une plante phytoaccumulatrice qui pousse souvent sur les friches industrielles. La laitue peut être considérée comme une plante phytoaccumulatrice, mais le problème réside dans son élimination. On ne peut la mettre ni au compost ni à la déchèterie. De plus il faut des années pour éliminer le cadmium dans le sol.
Puis-je mettre du compost maison ou du fumier sans augmenter le taux de cadmium ?
Le compost maison à base d’épluchures de légumes, de tontes de gazon et de résidus de tailles ne contient pas de cadmium, sauf si votre sol est très pollué. C’est un amendement très sûr. Les fumiers de cheval et de vache ont des teneurs en cadmium très faibles car leur alimentation herbivore n’en contient pas. Ces amendements apportent de l’humus qui piège et immobilise les métaux lourds. Donc, ils ne sont pas absorbés par les racines des légumes.
La préparation des aliments peut-elle modifier la quantité de cadmium ?
L’épluchage des légumes-racines permet d’éliminer une partie du cadmium de l’ordre de 60 à 80 %. Le fait de faire bouillir les légumes permet aussi de faire migrer une petite partie du cadmium dans l’eau, donc il faut jeter l’eau de cuisson.
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