Peu de plantes sont aussi clivantes que les bambous au jardin ! En général, on les aime ou on les déteste. Un point c'est tout… Spectaculaires dans les jardins, ils sont aussi décriés par nombre d'entre nous pour leur aspect très invasif et d'autres défauts bien à eux. Alors que penser réellement des bambous ? Pourquoi suscitent-ils tant de haine ? La discussion est ouverte à tous sur notre blog 🙂

pour ou contre les bambous
Les bambous assurent une présence indéniable dans un jardin

Pourquoi on aime les bambous ?

Les bambous, pour beaucoup, c'est l'évasion à portée de main chez soi. Ils nous transportent en Asie ou au bout du monde sans décalage horaire. Leur stature et leur profusion végétale sont sans pareil. Ils font voyager par leur allure dépaysante, sachant aussi bien intégrer une ambiance exotique, contemporaine, que japonaise. Cet esthétisme unique est à mon sens inattaquable. Il en existe une variété impressionnante, à feuillage ou cannes colorées, panachées, noires ou vertes, les nains, petits et compacts, ou les bambous immenses…

bambous varietes
Il existe une très grande variété de bambous en terme de coloris, de feuillage et de dimensions

Autre qualité, et non des moindres, qui leur vaut d'être choisis pour la création de haies occultantes : leur rapidité de croissance. C'est bien essentiellement pour cette raison que les bambous sont généralement choisis parmi d'autres multiples possibilités pour établir une clôture végétale touffue. De nombreux paysagistes ou pépiniéristes les proposent comme option végétale, surtout en contexte urbain. Isoler des regards une maison en ville est ainsi souvent possible par le développement rapide des bambous, permettant en deux ou trois ans un écran et une hauteur intéressants, comparé aux autres végétaux persistants, de croissance lente.

Il faut aussi le reconnaître, une autre spécificité des bambous est leur résistance aux maladies. Robustes, ces grandes graminées sont rarement atteintes par quelque bestiole ou parasite que ce soit. C'est plus un arrosage mal contrôlé qui les fera dépérir, notamment lorsqu'on les cultive en pot. Avis donc aux jardiniers débutants, il y a peu de chances de ne pas les réussir quand on les choisit bien.

Et que dire du bonheur lorsque leurs cannes s'entrechoquent par journée ventée ! Ce son sec particulier, bien à eux, est agréable et adapté quand on souhaite créer chez soi un jardin sensoriel. Entre le bruissement des feuilles et le craquement des bois, je l'assimile au bruit d'une marina où les bateaux tintent un peu de la même façon…

Plus poétiquement, le ploiement de cette plante est vraiment exemplaire, et les Asiatiques vous diront que le bambou plie mais ne rompt pas. C'est joliment dit pour exprimer sa souplesse et sa résilience. Dans la culture chinoise, et plus globalement en Asie, le bambou est aussi synonyme de droiture morale. Il sert concrètement de matériau de construction, dans l'industrie du papier et la vie quotidienne, en cuisine et bien sûr comme habitat du grand panda. La mode du rotin l'a amené en Europe bien plus tardivement.

Enfin, plus prosaïquement, quand je vous aurai dit que les bambous ont aussi l'avantage de très bien résister au froid, et aussi à la sécheresse, plantés dans de bonnes conditions, qu'ils restent peu chers à l'achat pour constituer une haie versus d'autres essences, vous me direz : "la coupe est pleine, n'en jetez plus !"

Alors, pourquoi les bambous sont-ils mal aimés ? Cela en fait pourtant des qualités pour un même genre botanique ! Oui, mais…

Les raisons d'un désamour : l'invasion, mais pas que…

Envahissants, le terme est-il assez fort pour parler de l'expansion, parfois incontrôlée, de certains bambous dits traçants ? Les Phyllostachys, pour ne pas les citer. Cette espèce est une calamité au jardin pour tous ceux qui se retrouvent avec des bambous plantés chez eux sans barrière anti-rhizome. Au printemps, les pousses de bambous surgissent de partout, généralement sur le gazon, mais également au sein des massifs, car rien ne les arrête vraiment quand l'espèce n'est pas cespiteuse, c'est-à-dire contrôlable. Comme si cela ne suffisait pas, ils partent voir si l'herbe du voisin est plus verte, allant jusqu'à provoquer des conflits de voisinage.

Nous l'avons vu, le bambou est souple. On en fait de belles structures arquées servant à bien des utilisations. Cette souplesse se double malheureusement d'un autre effet inattendu : une force inouïe ! Ils arrivent à percer des matériaux pourtant durs comme de l'ardoise (j'ai eu le cas chez moi avec des Phyllostachys). S'ils soulèvent des grillages ou parfois même des murets, ils ne connaissent pas de limites, et arrivent aussi sur les fossés.

Si le frottement de leurs cannes et le bruissement de leur feuillage me fait penser, comme je le disais, aux amarrages des bateaux, ce n'est pas l'avis de tout le monde et ce bruit récurrent en agace plus d'un… en l'occurrence le voisin qualifié de grincheux ! Bref, nous n'avons pas tous la même sensibilité au bruit (et aux odeurs !), ce qui promet dans certaines circonstances des discussions houleuses.

On peut aussi regretter que beaucoup de bambous aient été plantés sans réel dessin dans les jardins. On se retrouve, quand l'aménagement n'a pas été soigné, avec une forêt de bambous un peu informe, loin de l'esthétique des jardins remarquables où tout est fait pour les mettre en valeur.

Enfin, et c'est en général pour cette raison qu'on le choisit en tant que haie, le bambou est persistant. Où est le problème, me direz-vous ? Il perd ses feuilles, comme un persistant, toute l'année ! Les feuilles sèches recouvrent le sol quasiment en permanence, avec quelques pics à certaines saisons. Si l'on habite dans un couloir venté, il vaut mieux ne pas être regardant sur un gazon bien propre. On peut les récupérer à condition de les broyer à la tondeuse, mais c'est difficile car la feuille engainante morte est coriace. Elles ne servent donc pas aussi bien pour le compost ou le paillage de massifs, et on se retrouve avec des monceaux de feuilles rêches à porter en déchetterie… Et une corvée de ratissage à longueur d'année.

cerclage bambon invasif
Une barrière anti-racines contenant des Phyllostachys (photo Gwenaëlle David)

Mon expérience avec les bambous

Je suis assez mitigée quand il faut parler de bambous. Ils ont en effet à la fois presque autant d'atouts que d'inconvénients.

Dans mon jardin, s'ils m'ont fait belle impression à mon arrivée en automne (ce sont de grands Phyllostachys), la désillusion n'a pas tardé à arriver. Cette forêt de bambous n'était en effet pas contrôlée par une barrière anti-rhizome, et ils avaient pris une ampleur telle que j'envisageais alors de créer une allée au milieu pour en enlever certains. C'est surtout au printemps suivant que j'ai compris ma douleur. Le fait de les avoir coupés à ras les avait-il excités ? Plusieurs années plus tard, j'ai compris que non, que les bambous, au printemps, sortaient inexorablement leurs turions telles des lances, tout autour de la zone plantée initiale. Ce mode de propagation, quand il n'est pas contrôlé, en devient presque stressant. Certes, la tondeuse les anéantit à chaque passage, mais le phénomène traçant n'est pour autant pas ralenti.

La seule solution a donc été de les cercler d'une barrière enterrée profondément. Quelques années plus tard, le résultat est probant, ils se sont épuisés et très peu de "dagues de bambou", comme je les appelle, m'importunent désormais. C'est la bonne nouvelle, car même des bambous non cerclés au départ voient leur progression ralentie.

L'autre désagrément est plutôt, je dirais, la chute des feuilles tout au long de l'année, avec certaines périodes vraiment pénibles. Il faut aimer manier du grand rateau, et se retrouver avec un amas de feuilles sèches, peu compostables. On peut les broyer à la tondeuse, ce qui rajoute encore au travail quand le jardin est grand, quand on n'a vraiment pas besoin de cela.

Bref, si je m'arrêtais là, on pourrait penser que les bambous ne sont pas ma tasse de thé. Je les ai pourtant conservés, car mes Phyllostachys apportent un volume et donc une ombre salutaire sur mon jardin du devant. Sur cette partie de terrain pourtant pauvre et sablonneuse, ils créent un écran et ont permis de façonner derrière eux un autre petit jardin, à l'abri des regards. Ils peuvent aussi, par leur côté exotique, être prétexte à des zones japonisantes ou tropicales. Enfin, en cet été de canicules exceptionnelles, ils ont bien vécu et procurent toujours leurs belles feuilles et jolies cannes jaunes, encore plus belles par temps de pluie.

Je n'ai pas l'expérience personnelle de bambous plantés en bac, que je trouve intéressants en aménagement paysager contemporain. Bien entretenus, avec un arrosage ad hoc, ils s'avèrent à mon sens de bons compagnons de jardin urbain ou design, surtout que dans ce cas, ce sont souvent des Fargesia, les bambous cespiteux, que l'on préfère.

Donc, oui, il faut prévenir un jardinier novice que les bambous nécessitent des soins que leur pedigree ne mentionne pas toujours. De là à ne pas les conseiller, il y a une marge. Pour moi, ils sont parfaits quand on dispose d'un grand terrain, car je trouve les grands bambous et les bambous géants toujours plus impressionnants. Mais les versions à chaume coloré ou à feuillages originaux valent aussi la peine de les planter… dans les bonnes pratiques culturales !

Quelle est votre expérience avec les bambous ? Vous les aimez ou les avez pris en grippe ? Dites-nous tout !